Laylow – rap sérieux, auto-tune et métaphore mécanique

Laylow, rappeur de Toulouse qui a fait parler de lui en 2012 et 2013 avec son comparse Sir’klo semble avoir bien changé aujourd’hui. En effet, son rap a intégré des sonorités nouvelles, ses instrus se sont élaborés en tirant sur l’électronique, et lui fait aujourd’hui une utilisation éhontée de l’auto-tune. Beaucoup de choses ont changé en effet, dans la musique de Laylow, mais il reste le coeur tendre du titre « crime passionnel » et son rap garde toujours une part de sérieux.

Mercy

Depuis l’EP Roulette russe, Laylow semble avoir compris que le monde, comme ses sentiments, est une machine automatique et sans pitié. La métaphore mécanique revient en effet tout au long de son EP Mercy sorti en décembre 2016, comme dans le refrain de Oto où il répète « Amour, haine sont automatiques ». Ça passe d’abord par des drogues ou par le vice qui prennent contrôle de son corps, il décrit comment ces deux éléments ont dirigé mécaniquement ses soirées. Ça passe par le comportement mécanique de sa copine sur Division rouge qui ne peut pas s’empêcher de parler de cette nuit d’infidélité, ce qui débouche invariablement sur un conflit. Ça passe par ce moteur en image de synthèse dans le clip de GT Motors avec Wit et Aladin 135 et par sa fascination affichée pour les belles cylindrées. Et ça concerne aussi les relations destinées à finir mal dans Lime: « t’es mon homie jusqu’à quand? » et les promesses destinées à n’être pas tenues dans Promi.

Et dans ce monde tristement mécanique, auquel Laylow est enchainé comme à une Lamborghini dans le clip de No Love, son rap reprend à outrance tous ces éléments mécanistes dans un style baroque surchargé, comme pour se délester de ce poids. L’auto-tune et ses jeux sur les intonations mécanisent sa voix. Des instrus imitent des bruits de bug d’ordinateur (Oto). Et ses clips vidéo, magnifiquement réalisés par l’équipe de TBMA (la MZ, Nekfeu,…), sont des machines merveilleusement huilées qui font ressortir leur aspect artificiel par un montage très esthétisant et des multiples effets de post-productions. On peut se demander sérieusement si Laylow ne se mettra pas bientôt au clip en réalité virtuelle.

Son clip le plus vu à ce jour, 10′, plus minimaliste que les autres, montre bien, à mon avis, le fond de cette métaphore d’un monde mécanique. Ce monde est cruel pour ceux qui ignorent ses lois: il a souffert pour un choix fait en 10′, mais en même temps, il est au fond, indifférent, et les sentiments de Laylow, bons comme mauvais « diminuent diminuent » jusqu’à ne plus exister. 10′ révèle également une dimension plus consciente de son rap avec de la nostalgie et des regrets, car s’il parle de ce monde mécanique sans Mercy, c’est avec une volonté positive. « Crois pas que le monde est cool, relève la tête avant que le putain de piège se referme sur toi ».

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