Prodigy, tu nous manqueras

Le monde du rap est en deuil depuis le 20 juin 2017. En effet, avec l’annonce du décès de Prodigy, moitié du mythique groupe de rap Mobb Deep, nous avons perdu l’un des plus importants artistes des années 1990. Hormis le légendaire morceau qu’est Shook Ones connu par le monde entier et les albums classiques du groupe sortis au moment où les rues de New York, ou plus précisément celles de Queensbridge, sentaient l’insécurité et le froid glacial, le rappeur a apporté bien plus que ce qu’il en paraît.

Précurseur et ingénieux, Prodigy était doté d’une voix paisible et harmonieuse, mais à contrario d’un Lil Yachty, il la mariait avec perfection aux productions angoissantes et crasseuses de Havoc, l’autre moitié de Mobb Deep. Il inspirait le calme avant la tempête, et accompagnait avec brio cette vague de blizzard que savait concocter le duo de Queensbridge. Maître de l’atmosphère, il avait une facilité déconcertante à illustrer ses couplets tout en ajoutant des jeux de mots ficelés. C’était l’art du détail, il décrivait avec toute la finesse au monde, l’enfer infini des rues de son enfance, de Queensbridge.

Malgré cet air nonchalant et cette voix inoffensive, Prodigy savait attirer l’attention de l’auditeur dès la première ligne de ses couplets, en y ajoutant des menaces à en avoir froid dans le dos. Comme dans Keep It Thoro où il se fait un plaisir de casser des côtes en toute quiétude et délicatesse. Mais c’est dans Shook Ones Pt. II qui est l’un des meilleurs morceaux rap de tous les temps, que le emcee réalise à la fois la menace la plus originale mais aussi la plus marquante de toute l’histoire du hip-hop :

“Rock you in your face and stab your brain with your nose bone”

Le type était aussi un précurseur et anticipait, déjà en 1995, tout le mal qui allait secouer notre terre. Trente ans après, et avec toute l’horreur qui s’est répandue dans la société actuelle, il serait presque mieux de rester enfermé chez soi à écouter les conseils d’un jeune P déchaîné sur les mythiques boucles de piano angoissantes de Survival Of The Fittest.

There’s a war goin’ on outside no man is safe from
You could run, but you can’t hide forever

Derrière ses airs robustes et crasseux, se cachait aussi une envie d’aller de l’avant et affronter son combat de toujours, une maladie génétique qui l’a souvent conduit à l’hôpital. Un mal pour un bien, car c’est dans ces moments de longue attente et d’ennui qu’Albert Johnson, de son vrai nom, écrivait ses premiers textes, ses premiers jeux de mots ou encore ses punchlines qui allaient devenir légendaires par la suite.

‘Cause ain’t no such things as halfway crooks
Scared to death, scared to look, they shook

Combattant et optimiste dès son jeune âge, Prodigy a aussi réalisé des albums solos où l’on retrouve des morceaux, moins connus certes, mais tout aussi alléchants, qui sont à ranger dans les pépites de sa longue discographie. Par exemple, sur l’excellent Product Of The 80’s, il se retrouve aux côtés de Big Twins et Un Pacino pour réaliser deux des meilleurs morceaux de sa carrière : Stop Stressin et In The Smash. Parsemés cette fois-ci d’une ambiance ensoleillée et énergique, le rappeur se plaît à lâcher ses rimes sur des synthés dignes des 80’s rythmés par de la funk.

Passer des vacances exotiques ou festives au bord de la plage, il savait aussi bien le décrire dans ses textes, mais en fin de compte il se plaisait mieux dans la crasse et le froid des rues de Queensbridge, son pêché mignon. Et c’était là où il était le plus percutant. Guerrier et survivant à la fois, Prodigy échappe même en 2007 à une peine de prison de plus de quinze ans à cause de possession illégale d’armes à feu. Il revient alors la même année pour collaborer avec The Alchemist, son producteur attitré lorsqu’il est en solo. Hormis la trilogie des fameux H.N.I.C, il sort en 2013 Albert Einstein, une magnifique galette explosive de 16 titres remplie de morceaux chimiques nocifs pour la santé.

Acharné dans son travail, et baroudeur dans sa vie, Prodigy avait eu l’audace de confronter dans ses textes des grands artistes comme Tupac, Jay Z et même son acolyte de toujours Havoc. C’était un type qui, malgré, sa maladie génétique, continuait de se confesser dans le rap pour oublier ses problèmes de santé. D’ailleurs, quelques heures avant son décès, la légende raconte qu’il se produisait encore sur scène, son champ de bataille, après avoir confessé à ses proches qu’il ne se sentait pas au mieux. Un combat qu’il gagnera toujours, même à cet instant précis car sa musique résonnera pour l’infini.

“Gangsters don’t die, we just turn to legends.”

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