Népal, chirurgien masqué

La plupart l’ont connu grâce à son très bon projet précédent (444 nuits) que l’on te conseille de vite aller écouter si ce n’est pas déjà fait, ou sur l’album Cyborg de Nekfeu avec le titre Esquimaux. L’homme aux six disques de platine déclarait d’ailleurs qu’il était son rappeur préféré du moment, rien que ça.

C’est donc avec un certain engouement que Népal revient 445 nuits plus tard avec ce nouvel EP huit titres. Peut-être le moment de conclure l’essai et créer une véritable attente sur un album futur. Népal, prochain gros nom du rap francophone? Analyse.

1. Niveau 1

Intro puissante, exercice de style maîtrisé combiné à de bonnes punchlines. Toujours dans l oeil du cyclone comme Sergio Busquets, Népal n’est pas la pour plaire, il admet même pouvoir appeler son fils Souleyman exprès pour les faire chier. Fort. Cette track est construite comme un jeu vidéo. Une voix-off commence par dire que le niveau de difficulté du jeu défini est intermédiaire. Puis notre MC masqué decoupe ça facilement au point que le niveau de jeu est redéfini en niveau avancé avant le début du second morceau. Intro à l’image d’un footing avant la grande course, mais l’entraînement n’est plus nécessaire, Népal est plus que prêt.

2. Maladavexa

Comprendre malade avec ça. Morceau trap dans lequel le jeune parisien distille les punchlines d’une voix tranquille sur une prod bien lourde. Il nous parle de ce qui le rend malade, entre autre l’argent, les « tche-bi » et tout ce qui pourrit les gens en ce XXIe siècle avec lequel il semble avoir du mal.

3. Love64

Interlude du projet. « Avec les taspé j ai pris l’option fuite, toi t’es dans la rue avec ta go et tu la couves comme un demi-loxon d’weed ». On reconnaîtra tous ce pote qui a changé, lâché le groupe un moment et qui revient en pleurs quand il s’est fait quitter salement.

4. Deadpornstars

Gros morceaux, grosse instru. En featuring avec son binôme du groupe 2Fingz, j’ai nommé Doums. Ce dernier crache un gros couplet où un très beau champ lexical de nom de ces actrices dont tu as vu le plus de film ressort. Mia Khalifa, Anissa Kate, Nikita Bellucci et fin de couplet sur un s/o à.. Donald Trump. Génial.

5. Jugements

Featuring avec 3010 du Heddy Hide gang. Le morceau est bon, très planant, mais en dessous des précédents.

6. Insomnie

« La question c’est est ce que t’es chaud de tenter la balle dans la tête ? » Sur un super sample de jazz, il fait rimer ses insomnies avec leur sessions de questionnement sur ce monde qui ne lui plaît pas ainsi que comment ce dernier l’a changé au fil des années. Et comme il aime voyager, Il nous fait planer sur le refrain en nous expliquant que lui s’est pris un visa pour le monde à l’envers. Un des morceaux forts du projet.

7. Kodak White

Impossible de ne pas penser à Kodak Black sur cette track. C’est de ce dernier qu’il revisite le titre et remodèle l’instrumental du très bon  « No Flockin ». Le pari est risqué mais plus que réussi. On tient là le véritable coup de coeur du projet.

8. Kamehouse

Référence au manga culte DragonBall, la kame house n’est autre que la baraque de Tortue Géniale. Un morceau chill pour clôturer le projet.

Conclusions

Énorme travail derrière ces 8 morceaux. Les 4 premiers puissants avec des allures « trap », les 4 derniers plus planants/old school. Comme un format réduit de 444 nuits qui contenait 8 morceaux par « genre » (les versions rouge et bleu). Népal maîtrise les deux, il a su digérer ses influences et les recracher parfaitement tout en sachant comment fonctionne la musique actuelle. Les prods sont toutes très bonnes, et ses flows – bien que souvent plutôt lents – collent à la perfection aux instrumentaux. La précision est presque chirurgicale. On en attendait pas moins de celui qui est aussi connu sous le nom de KLM en tant que producteur. Les textes sont peaufinés et bourrés de références, l’analyse de ses lyrics est intéressante pour autant qu’on s’y attarde (chose que je vous invite à faire). On est très loin d’un rap d’ahuri. A travers ses textes on sent quelqu’un de lucide qui se questionne beaucoup sur le monde et ses défauts. Le emcee a l’art d’être dans l’introspection tout en ne laissant (presque) rien deviner de sa véritable vie, et tu n’éprouves pas la frustration de vouloir en savoir plus.

Est ce que ce sera suffisant pour faire de lui l’un des futurs tout grands? Je n’en suis personnellement pas si sûr. Peut-être est-ce trop travaillé pour atteindre un public très large. Mais bon, ca n’a de toute façon pas l’air d’intéresser le principal intéressé. De plus, on vit une époque où l’image est devenue presque plus importante que la musique, chose que lui-même déclare déplorer dans une de ses interviews où il explique que c’est même en partie à cause de ça qu’il ne montre pas son visage.

Dans tous les cas, ce disque vaut clairement le détour pour deux raisons. Premièrement, il est excellent. Deuxièmement, il est en téléchargement gratuit sur http://444nuits.fr , alors fonce l’écouter.

 

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