Orelsan et les nouveaux codes du clip

REALISATION – Enfin, Orelsan revient. Tant mieux pour nos oreilles, mais également pour nos yeux. Dans la lignée de ses précédents visuels, le Caennais innove tout en restant simple. Basique.

Lancé dans le bain du septième art avec son film Comment c’est loin il y a deux ans, Orelsan apparaît depuis quelques années impliqué dans la réalisation de ses clips – c’est que ses textes extraterrestres ne peuvent plus s’illustrer de manière conventionnelle. S’il a une place à part dans le rap-jeu, le compère de Gringe a fait de même dans le clip-jeu.

Les clips de plus en plus stylisés

Depuis quelques temps, la mode est à la stylisation extrême. Les artistes hip-hop les plus en vue des deux côtés de l’Atlantique s’attachent à dégager une image esthétisée, filtrée.   Style loufoque, effets spéciaux, raccords abrupts: tous les moyens sont bons pour déformer l’apparence du réel.

Prenons quelques réalisations récentes de sons à succès. Butterfly Effect de Travis Scott s’est vu décliné en une vidéo super dynamique, avec des plans rapides et entrecoupés, ainsi qu’une bonne dose d’effets « psychédéliques » à la post-production. Les jeux de lumière et les collages s’empilent pour casser toute continuité visuelle. Le but est d’emmener le visionneur dans une expérience déroutante où aucun repère ne subsiste. La réalisation fait recours à des éléments externes pour donner une dimension supplémentaire au contenu; les papillons virtuels renvoient au texte mais impriment au clip une symbolique de liberté. Ce que le rappeur montre et chante ne suffit plus, et le contenu de la musique trouve un écho dans des éléments externes. Le résultat est un collage hétéroclite et dynamique.

Quant au succès de l’été, XO Tour Lif3 de Lil Uzi Vert, il a accouché d’un clip résolument rétro. Tout comme I feel it coming de The Weeknd, les clips de Sneazzy ou encore ceux de Django, l’esthétique des années 90 est remise au goût du jour. Bandes grises, mauvaise résolution, les défauts des vidéocassettes n’en sont plus et y prennent au contraire une place d’honneur. Une autre manière pour les artistes de sortir du mainstream, de se donner un style original.

Dans ces deux clips, tout revient à une seule et même ambition:  déformer le réel par une réalisation tout-terrain et ultra-mobile. A contresens, Orelsan cherche plutôt, ces dernières années, à purifier ses productions visuelles. Depuis son explosion en 2012 avec son album le chant des Sirènes, il a profité de plus grands moyens pour développer une esthétique personnelle du clip.

L’avènement du plan-séquence

Des histoires à raconter, issu du premier album avec son compère Gringe, dégage ainsi une grande impression de simplicité. On y voit les deux artistes dans différents décors avec, à chaque fois, un élément qui répète son mouvement en boucle, arrangé de manière ingénieuse. Le visuel se veut mécanique, géométrique. Simple. Basique.

Pour leur second album, le clip de Inachevés est quant à lui tourné sous forme de plan-séquence (l’ensemble de la vidéo est tournée avec une seule caméra de manière continue). Là encore, il s’agit de purifier le rendu en lui donnant une fluidité ultime, une mécanique en apparence simple. Là où les autres artistes cherchent à hacher le déroulement du visuel, lui le fluidifie au maximum. Parce qu’un plan-séquence, c’est la réalité même, c’est comme se balader et regarder ce qui se passe. Depuis, ce type de clip a fait des émules: J’aurais pas dû du $-Crew et TMTC de Caballero & JeanJass ont suivi le même chemin. Une démarche en apparence simple mais qui requiert une organisation et une virtuosité hors du commun.

On en vient à son dernier clip, dans lequel Orelsan réitère l’expérience. Pas de changement de plan donc, et quelque chose plutôt épuré. La dextérité de Greg & Lio (qui ont aussi réalisé les deux clips cités plus haut) est à saluer, notamment à la manœuvre du drone. Mais, au fond, le résultat reste un mec qui marche tout droit au milieu de types en costard-cravate, et c’est ça qui est génial!

Des décors vivants

En fait, le rappeur français déplace toute la dynamique dans des arrière-plans qui prennent vie. Les objets sont automatisés dans Des histoire à raconter, divers moyens de locomotion s’enchaînent dans Inachevés, et dans Basique, la « haie d’honneur » prend en charge toute la variation nécessaire entre les phases.

Et cela fait de la place pour lui: il peut s’assumer et faire ainsi de lui-même le centre de l’attention.  Tout le mouvement est déplacé en arrière plan, le rappeur peut ainsi se montrer sous son apparence la plus naturelle. A l’image d’un rap qui se veut authentique. Simple. Basique.

 

SZ

 

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