Hugo, toujours là

2008, alors que le rap vit sa pire décennie selon beaucoup de médias spécialisés, une exception vient confirmer la règle. Son nom: Hugo Boss ou Hugo TSR, on connait peu de choses sur lui à ce moment-là, si ce n’est ses excellents couplets de l’album À quoi ça rime? – avec son groupe le TSR Crew – qui ont traumatisé plus d’un auditeur. Cette année-là, il sort un album qu’on peut aisément qualifier de classique tant il a marqué sa génération.

Flaques de Sample (2008)

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Flaque de sample c’est un album plutôt court où les 12 morceaux ne font qu’un total de 38 minutes. Pourtant, près de 10 ans plus tard, ce projet n’a pas pris une ride. Digérer un tel projet prend du temps. Sa recette? Des samples de musique classique, une énorme punchline par phase, des flows tranchants et des extraits de films pour intro ou outro de morceaux. Tout ça pour quoi?  Pour dépeindre la réalité du monde sombre qui entoure le emcee dans le 18e arrondissement. Parce que son rap c’est avant tout « Max Dormois, là où les clochards ont l’nez plus rouge que Ronald McDonald’s« .
Sûr de lui, il ne se laisse que 2 minutes pour convaincre ses auditeurs de son talent et il a bien raison. Et s’il est du genre désabusé et bloqué dans les rues du 18e, il ne s’empêche pas de rêver. L’objectif c’est la lune, même si faire du fric et réussir dans l’underground, c’est un pari difficile comme miser sur Mimmy Mathy dans un concours de dunk. En sachant cela, tu crois savoir qu’il risquerait un jour de travestir sa musique, mais il n’en est rien. En 2017, Hugo, c’est juste un jeune du 18 qui a toujours su garder le cul fermé et les oreilles grandes ouvertes. Et s’il disparaît pendant plusieurs années, il n’est jamais au point mort et chaque fois il revient mettre un coup de pied dans la fourmilière du rap français. Son nouvel album le prouve, nous y reviendrons plus bas.
Le paradis, Hugo n’y croit pas, du moins pas dans le rap où la sélection naturelle est plus forte que dans tout autre milieu. Et même s’il semble totalement s’en foutre de percer, il ne peut s’empêcher de raper pour décrire ce monde froid qui semble avoir eu raison de sa conscience. Loin de se catégoriser dans un rap moralisateur ou conscient, il ne fait que dépeindre la triste réalité que vivent les gens de sa génération, mi-adultes mi-enfants, fumeurs de shit et mangeur de grec frites.

Fenêtre sur rue (2012)

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Après avoir marqué les esprits, Hugo est revenu quatre années plus tard avec exactement les mêmes ingrédients que son premier album. Ce second opus n’amène rien de nouveau mais peaufine les thèmes et les teintes du premier. Innover, il n’en a d’ailleurs pas la prétention. « Mon rap c’est comme le sprite ça rafraîchit et c’est déjà pas mal » nous balançait-il sur Flaque de Samples, rappelez-vous. On retrouve donc le rappeur du 18e exactement là où on l’avait laissé, comme si la nouvelle saison de ta série télévisée reprenait. Une seule différence frappe, volontaire ou pas, ce projet se veut plus engagé (du moins implicitement). Les inégalités sociales sont abordées dans Alors dites pas (parce que oui, tous être égaux à  la naissance c’est bien beau mais après ?) ainsi que les produits illicites dans Coma artificiel: « on pourrait voir cette ville sans drogues, en vérité ils nous en donnent, ça sera bientôt légalisé ils savent très bien qu’ça nous endort ». Soulevons encore le très beau morceau Dégradation, hommage aux tagueurs, où Hugo nous rappelle que le hip-hop avant d’être cloisonné à un genre musical, est une contre-culture qui était là pour donner de la voix aux minorités.

En somme, ce second album est la continuité du premier en étant plus abouti dans les thèmes même si en fin de compte chacun des morceaux du premier aurait pu se retrouver dans le second et inversement.

Puis, 22 septembre 2017, c’est un troisième album qui voit le jour. En 2012 l’évolution du rap n’était qu’enclenchée. Mais, à l’heure actuelle, nul ne peut nier que le rap a énormément changé (et c’est tant mieux!), à l’inverse d’Hugo (et c’est tant mieux aussi).

Tant qu’on est là (2017)

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Deux posts sur Facebook pour être poli et prévenir et nous voilà cinq ans après Fenêtre sur rue avec un troisième opus Tant qu’on est là. Ça reste du Hugo comme on le connaît et comme on l’aime. Références cinématographiques, punchlines et instrumentales classiques sont au rendez-vous.  Mais l’âge semble parfois rattraper le rappeur dans sa conscience. Car s’il se comporte toujours comme un jeune galérien, il se rend compte que les gens qui l’entourent ont évolué et lui est resté fidèle à lui même pour le meilleur et pour le pire. Cet opus s’écoute d’une traite comme tous les autres et nous plonge toujours autant dans la vie d’Hugo et ce qui l’entoure.

Après tout cela, on se pose forcément la question: pourquoi après trois albums quasiment identiques sur la forme, Hugo plaît-il toujours autant?

En premier lieu, tout simplement parce qu’il est très bon, et surtout très complet. Si tu kiffes l’essence même du rap, tu ne peux que très difficilement critiquer le porte-parole du 18e. Ses flows sont toujours fluides, ses rimes sont parfaites et s’il n’y avait pas sa voix pour représenter l’underground parisien il aurait fallu l’inventer. Qui mis à part Lino peut-il se venter d’être meilleur punchliner que lui?  En plus, il ne se cantonne pas au rôle de rappeur mais produit souvent ses propres instrumentaux et gère tout son travail (quasiment) tout seul. Rester totalement fidèle à soi-même est chose impossible dans le game. Hugo, lui, c’est l’exception qui confirme la règle. Et personne d’autre n’aurait pu garder une telle notoriété s’il se cantonnait simplement à ce qu’il fait de mieux. D’ailleurs, on ne demande pas à Hugo de faire autre chose que du Hugo.

En somme, il aura réussit à surmonter la prétendue mauvaise passe du rap des années 2000, l’évolution du rap ne l’aura pas atteinte et il aura su réconcilier les plus infâmes des puristes avec ceux qui auront aimer le virage pris par cette musique depuis les années 2010. Chapeau l’artiste.

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