Et si Trippie Redd était venu de l’enfer ?

Hellboy, super-héros fictif de la compagnie Marvel, est né de l’union d’un démon et d’un être humain. Il a ainsi vécu l’enfer pendant toute sa jeunesse jusqu’à ce qu’il soit ensuite invoqué pour vivre chez les terriens. De ses origines démoniaques, ses couleurs rougeâtres imposantes et sa lutte contre les forces obscures, naissent quelques similitudes avec Michael White. En effet, malgré l’idée que peut donner le nom de famille de ce dernier, il en ressort que son nom d’artiste penche plutôt sur le rouge : Trippie Redd. Oui, Trippie Redd porte sans arrêt ce bandana rouge autour du cou pour marquer son appartenance au gang des Bloods, mais cela va bien plus loin que ça.

Né dans l’état de l’Ohio, le jeune chanteur/rappeur compte uniquement 18 printemps mais paraît bien plus vieux. Il suffit de regarder son visage pour contempler cette triste mine grisâtre, voire blanchâtre, marquée par plusieurs tatouages et traits de fatigue que seul un quarantenaire serait digne de posséder. Le natif de Canton arrive sur la scène musicale avec un passé dramatique, douloureux et semé d’embûches. Comme l’atteste la montée de sa notoriété fulgurante mais obscure sur l’underground du SoundCloud, Trippie Redd n’explose sur la scène rap qu’en 2017. Cette année, avec la sortie des deux volumes issus de sa dilogie A Love Letter To You, sa maladie d’amour peut bien s’avérer être paroxystique. Pire, mélangeant une mélodie hip-hop avec du grunge des années nonante, le style de Redd navigue dans des ambiances funèbres et démoniaques.

En effet, sur le titre Hellboy qui donne le cafard avec ses boucles de piano dépressives, l’artiste souhaite vivre en enfer et révèle son affiliation secrète avec Hellboy : « you know that I live in hell [..] A livin’ hell, I’m Hellboy ». Son style est aussi facilement repérable, avec un chant démesurément inarticulé à la fin de chaque phrase, l’artiste va jusqu’à pousser dans les aigus, à la limite de produire des ultrasons, des appels à l’aide. L’excellent Blade Of Woe, qui nous plonge dans une ambiance de film d’horreur à donner froid dans le dos, atteste à la perfection ce que peut réaliser Trippie Redd. Avec un flow sporadique, et ses intonations sataniques voire démoniaques, Trippie Redd crée facilement une ambiance malsaine et infernale dans ses morceaux. D’ailleurs, sur les très bons Feel Good et Deadman’s Wonderland, il crie haut et fort qu’il est revenu de l’enfer après avoir vendu son âme au diable, mais qu’il se sent tout de même persécuté par le faucheur de celui-ci : « I sold my soul for a check [… ] cause if you don’t then you’s a dead man[…] They comin’ for me, killin’ flow, Tell the reaper take my soul away ».

Oui, Trippie Redd est bien dérangé, les contenus de ses textes révèlent quelques appels à l’aide et sa ressemblance avec Hellboy devient de plus en plus flagrante. Pour annihiler toute cette peine et cette souffrance, il n’hésite pas à faire usage à des analgésiques comme l’illustre Overdose On L1fe à la fois superbement exécuté mais aussi très torturé. Toujours avec ce flow élastique et déstructuré, l’artiste nous plonge dans des ambiances marécageuses (« don’t get too deep in the fucking mud ») avec des titres parleurs comme In Too Deep ou le sarcastique Romeo & Juliet qui donne un ton amer au mythique conte romanesque. Dans ce dernier, l’artiste errant fait de nouveau un étalage spirituel en racontant qu’il se nourrit de l’âme de sa tendre aimée, nécessaire pour sa survie : « I’ma take her soul, if she try to play me, Cause that’s all mine, that’s my lil baby »

Alors qu’il s’est fait connaître grâce au délirant Love Scars qui montre les influences grunges avec ses basses saturées, le turbulent Trippie Redd apparaît et se volatilise de nombreuses fois dans le clip vidéo. Comme si son alter-égo démoniaque et machiavélique ne suffisait pas, le rappeur s’amuse aussi à ajouter des effets paranormaux dans ses visuels sombres et ténébreux. D’ailleurs lors de l’introduction du Can You Rap Like Me ? le sample est complètement inversé et ressemble plus à des interférences spirituelles sur piste audio qu’à autre chose, tout comme à la fin de Never Ever Land où l’instru laisse place à des voix suspicieuses chantant un rite religieux (qui ne sont pas sans rappeler les fameux « happy-end » des films Paranormal Activity).

Complètement désemparé et semant une ambiance glaciale dans la plupart de ses morceaux (Deeply Scared), le talent de l’artiste de l’Ohio est indéniable. À tout juste 18 ans, il a réalisé une entrée fracassante, pour pas dire infernale, dans le temple musical avec le très bon premier volet A Love Letter To You qui met en scène ce grain de voix diabolique capable d’atteindre un chant aigu complètement désarticulé à la limite d’un ultrason. La question se pose, Trippie Redd mène-t-il vraiment une seconde vie dans l’au-delà ou s’amuse-t-il à se rapprocher le plus possible d’un certain Hellboy ? Nul ne le saura, mais ce qui est sûr, c’est que le rôle est bien endossé et que le jeune artiste dispose d’un brillant futur devant lui, ce qui pourrait être un paradoxe compte tenu de ses caractéristiques qui penchent plutôt pour un univers sombre.

En revanche, si le corps de l’artiste ne contient vraiment aucune âme et qu’il a été propulsé chez les terriens afin d’errer durant de longues nuits, son train de vie pourrait ressembler à Astaroth. Ce dernier était un démon qui vivait dans l’au-delà, aux marges de l’enfer, et qui avait essayé de sortir des limbes sans succès. Il a donc été condamné à vivre éternellement en enfer, chose qui s’avère de nouveau assez similaire avec la trajectoire de Trippie Redd

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