Le Monde Chico, 2 ans après

Mai 2015, alors que j’me promène tranquillement sur Twitter, je vois Zekwe – artiste dont j’apprécie énormément le travail – partager un son d’autres mecs du 91 que je ne connaissais pas. « PNL en boucle » comme commentaire sur le partage du clip Le monde ou rien. A 5000 vues à ce moment là, j’écoute une première fois. Habitué à entendre des rappeurs ultra conforme aux différents codes rap (aussi bien anciens qu’actuels), la première écoute du premier couplet m’emmerde. Rimes pauvres, flows pas top… Puis j’me rends compte avec un léger sentiment de honte (je l’admets!) que ma tête bouge toute seule. J’allume une cigarette de joie car j’adore redécouvrir de la musique sous influence, et là.. ça me berce complètement! C’est comme si j’avais compris où ils voulaient amener leurs auditeurs. Du coup je fais recherches, découvre qu’ils ont sorti un album Que la Famille dont le titre évoque déjà en préambule la démarche de ce duo. Énorme mention pour le morceau Je vis, je visser qui est pour moi l’hymne des bicraveurs de cité. On est très loin du cliché des rappeurs qui s’inventent une vie dans laquelle ils vendent des tonnes de drogues, ont mille femmes matérialistes à leurs pieds et vivent la vie de rêve. Le côté monotone de leur quotidien n’a jamais aussi simplement et bien été mis en avant. Vente en bas de l’immeuble, potes en cellule, faire profiter la famille de l’argent sale… Voilà ce qu’eux nous récitent. Et le clip nous pince légèrement au cœur lorsque le petit qui essaie de prendre de l’argent sous le matelas du grand frère se voit offrir une ps4 quelques jours après. On se rend compte que l’esprit QLF est déjà très présent dans la démarche du groupe.

 

 

 

Du coup, oui, tu as compris, à ce moment là je commence à parler de PNL à mes potes.  Vous imaginez bien leur réaction de prime abord. C’est quoi cette daube me disaient-ils.  Seulement, au grand maximum quelques semaines après la première écoute, ils sont tout comme moi tous devenus totalement accros à ce nouveau genre (car, oui, leur musique qu’on vulgarise en « cloud rap » va beaucoup plus loin que ça). PNL c’est un univers à part et en plus de ça, il n’est pas vraiment classable. Ce n’est presque plus du rap et ça fait aussi du bien de s’en rendre compte, se dire que ce milieu peut être très riche.
Les semaines passent mais les morceaux Le monde ou rien, Je vis, je visser, Différents, Lala, J’comprends pas et Gala Gala tournent en boucle. On n’écoute plus que ça avec mes potes. Et puis, 31 juillet 2015 , le clip de J’suis PNL sort. La sentence pour nous est la même: énorme son de plus. Puis on apprend plus ou moins au même moment qu’un album verra le jour le 30 octobre 2015.
Pourquoi un tel engouement se créait autour de PNL?

1) Le renouveau

PNL possède un point commun avec Jul: ce sont des ovnis dans le milieu du rap. Ça ne ressemble à rien de ce qui a pu être fait auparavant. La musique elle-même n’est pas définissable. Le kickage perd beaucoup de son utilité tant les voix sous autotune se marient bien avec les instrumentales et ne forment presque qu’un pour devenir un nouveau genre de musique aérienne. Et c’est ce côté novateur qui a sans doute joué le rôle le plus important dans l’engouement autour du duo, à mon avis.

2) L’univers

Leur univers est très bien défini. Les classiques films de gangsters se retrouvent mieux utilisés que jamais, les galères des mecs de cité et la vente de drogue se retrouvent magnifiés par le sérieux de gars qui pensent à leur Famille, au sens large. Ajoutez à cela des références Disney ou au Nutella pour rendre l’univers totalement unique.

3) La Com’

Avant les énormes coups commerciaux réalisés pour le troisième album, Ademo et NOS (ainsi que ceux qui les entourent) avaient parfaitement compris l’importance que peut jouer l’image pour réussir en 2017. Ceci, peut-être, grâce à leurs anciennes carrières en solo qui ont avorté. Mais une chose est sûre: lorsqu’ils narguent Skyrock qui les a invités et envoient un singe le premier soir puis leur potes les suivants tout le monde s’est dit que ces mecs-là étaient différents.

4) Le Visuel

Enfin, en 2017 le rap ne se résume pas/plus à l’écoute. Le visuel est devenu tout aussi important que le sonore. Et ça Nabil et Tarik l’ont compris. Les clips sont très réussis. La réalisation est QLF elle-aussi, Mess et Kameraméha étant proches des deux frères. Et là où les rappeurs glorifient argent sale, ramènent femmes nues et se vantent d’être meilleurs vendeurs que Pablo ou El Chapo dans leur clips, notre duo préféra tourner des clips soignés à l’étranger, mettra en avant les gens qui les entourent dans les images et ne glorifient en rien la rue. A croire que ceux qui connaissent réellement le trafic pour s’en sortir, la misère des quartiers ou la prison ne glorifient pas tout ça.
Le Monde Chico est un album fascinant. Pile 2 ans après, le réécouter est un plaisir voire même un soulagement. Un soulagement oui, car si cet album peut facilement s’écouter dans une ambiance festive, c’est surtout les jours pluvieux et froid ou tu as le blues que tu le comprends et l’aime le plus. 18 titres dans lesquels tu es invité dans leur univers sombre et froid. Dans leur univers, ils te font comprendre que se mélanger ne fait pas partie de leur principes. C’est la famille avant tout, besoin de personne d’autre. Et si Jasmine ne comprend pas que tu es QLF, tant pis pour elle. Tout au long du disque, tu es bercé par une musique que je qualifierais de blues des quartiers français. Il est difficile d’avoir un morceau préféré tant tous les morceaux collent parfaitement ensemble et tant toutes les prod sont aussi bien travaillées que variées. Du blues de Sur Paname à la rage d’Abonnés et Portes de Mesrine en passant par la nostalgie de Tempête, rien ne se ressemble et pourtant tout se ressemble.

 

 

 

 

Si les productions sont variées, le fil conducteur de l’album, lui, reste lunaire. NOS le résume parfaitement sur Oh Lala.

J’me défonce pour me rappeler, j’me défonce pour oublier… salut, salut.

J’me défonce dans l’obscurité parce qu’on aime voir l’ombre briller…la lune, la lune.

 

Hormis cette perle, leurs lyrics sont plutôt simples, c’est vrai… et c’est une de leur plus grande force. D’abord, parce que ça laisse place à ta propre imagination et ton propre blues pour interpréter ce qu’ils te racontent. Ensuite, car c’est cette simplicité dans leurs écrits qui retranscrit le mieux la sincérité de leur vécu. T’as devant toi deux mecs de cité à l’avenir plus qu’incertain qui rêvent de s’envoler pour Miami loin de cette misère et routine et qui pour cela vont tout faire. Le tout sur des productions planantes te permet de t’évader en les écoutant.

L’ambiance des cartels sud-américains qui les inspirent est retranscrite aux Tarterets, connus pour leurs deals et autres présumés liens mafieux avec son ex-maire. Beaucoup écoutent certes PNL parce que c’est cool, hype ou simplement mélodique. C’est clair que ça a aidé à les rendre aussi populaires. Mais il faut aussi noter que bon nombre de puristes respectent le duo pour la démarche artistique, le côté indépendant, la réalité qu’ils véhiculent si justement ou simplement pour leur musique novatrice. Le Monde Chico a été disque d’or en quelques mois, énorme exploit déjà là. Tout le monde se met à parler d’eux et tous les journaux, même étrangers, rêvent d’une interview exclusive du duo qui s’amuse à décliner invitation sur invitation. La suite vous la connaissez. Avec un disque de diamant à la clé et une invitation pour Coachella entre autre, le titre du troisième album nous dit tout. Dans la légende. Vivement un quatrième album!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :