Pour Ichon, réussir, Il suffit de le faire

L’instant biographie

C’est avec son premier EP Cyclique que Ichon se fait remarquer une première fois. Un huit titres dans lequel les morceaux Blue, Cyclique et C’est la vie attirent l’attention. Puis, son groupe Bon Gamin (composé de lui-même, Loveni et le déjà reconnu génie Myth Syzer) se retrouve sur un featuring avec l’un des mecs les plus en vue du moment, Joke sur l’excellent titre Louper. Dès lors un engouement commençait à naître autour du montreuillois. Un second EP – #FDP – voit le jour dans la continuité du premier, à mi-chemin entre poésie, ironie, loufoquerie, ambiance trap très sombre et chansons d’amour désabusées. Il apparait aussi sur les deux tubes de Myth Syzer qui sont Le Code et Coco Love qu’on te conseille vivement d’écouter. Le 24 novembre, une première mixtape est publiée par l’artiste, à quoi ressemble-t-elle?

Analyse

Au niveau du format, c’est 18 titres qui sont fournis. Durée d’une heure, soit plus du double de ce qu’il a balancé sur chacun de ses précédents projet. A première vue, il y a bien de quoi montrer ce dont il est capable. Cependant ça reste une mixtape et pas un album, donc il faut peut-être garder en tête que ses meilleures cartes sont encore dans sa manche, biens au chaud pour le prochain projet. Au niveau des invités, l’ambiance est exclusivement familiale. On retrouve son groupe Bon Gamin;  Loveni pour un pur banger nommé Backstage, et le très bon Myth Syzer sur les productions. Puis, deux featurings avec des proches du groupes, le Jeune LC, qu’on a déjà pu entendre sur des prods de Syzer et Ventchi.

Fidèle à lui-même, I.C.H.O.N. s’essaie beaucoup musicalement. Il kicke, il chante, il crie, il rigole ou fait tout en même temps sur le même son. Certes, on ne peut nier que son talentueux compagnon producteur qu’est Myth Syzer doit connaître parfaitement son ADN musicale et que ça aide beaucoup lorsque l’artiste est hyper éclectique. Mais, au delà de l’éclectisme sonore – qui n’empêche qu’il excelle tout autant sur une prod trap que sur une prod blues/jazz – on peut distinguer deux pôles dans les textes de l’artiste. Certains morceaux comme Dans le million, Je ne suis qu’un homme ou encore Allah fin sonnent sérieux. Il va balancer ses ressentis, ses ambitions, une ou deux vérités. Dans d’autres morceaux, il va être décalé, performer sur de la trap, balancer des phrases mongoles sans pression. Et puis d’autres fois encore, il va combiner tout ça dans une seule et même chanson comme Série B et I.C.H.O.N. Notamment, sur ce dernier, à l’image d’une fusion entre Alkpote et Oxmo Puccino il balance :

Bébé tous les rappeurs sont pas comme dans leurs clips
Si j’ai baisé ta sœur c’est parce qu’elle sent la vanille
J’fais que toute ma famille ait du caviar dans le bide
J’veux me sentir bien en regardant le vide

Comme s’il souffrait de troubles de la personnalité, ou qu’il n’arrivait pas à choisir entre être un mec sérieux ou un mec qui déconne, Yann choisit – sans doute sans  se poser de questions mais on aime chercher des liens – de faire les deux. Et c’est cette dichotomie du personnage qui est intéressante, car au final on ne sait pas comment le prendre. Trop déconne pour être sérieux, et en même temps trop sérieux sur certains sons pour qu’on le prenne à la rigolade, Ichon intrigue. Capable de sourire comme un mongole dans un clip sérieux comme dans 2017 et de faire l’inverse, il intrigue autant que si Alkpote avait mal au mic ou que si Oxmo disait pute à tout va.

S’agissant des thèmes abordés, il est intéressant de noter que la weed n’est pas comme chez 95% des autres rappeurs, le sujet principal de Ichon. Au contraire il en parle peu, et ne semble pas forcément la glorifier. L’ambition et cette chose que symbolise le « blue » (nous y reviendrons) sont sans doute les thèmes principaux de la mixtape. Il suffit de lire le titre. La tracklist peut taper à l’œil si on s’y attarde. Le thème du temps s’associe à celui de l’ambition. Comme si les minutes qui lui restaient pour réussir était comptées, Ichon y pense Everyday et il sait que Maintenant il est temps de Go sans penser à Demain ni Allah fin. Il se dit d’abord Champion avec les défauts que ça engendre, puis admet la track d’en dessous n’être qu’un homme… mais un homme ambitieux. A l’image d’un Cassius Clay qui n’aurait aucun conseil à te donner si ce n’est que « si tu veux voler, tu peux voler. »

Comme cité plus haut, le paradoxe/l’oxymore est beaucoup utilisé par l’artiste. Déjà dans la tracklist, on le voit au niveau du placement des titres. Champion/Je n’suis qu’un homme, Sans mentir/Pour de vrai, Everyday/Maintenant ou Go/demain. Pire, dans ses textes, il joue de ça aussi, comme la phrase citée ci-dessus dans Je ne suis qu’un homme ou lorsqu’à l’inverse dans Champion il sort : « Dans mon lit j’essaie de dormir mais j’ai trop d’problèmes, j’suis un champion..(…) Comme un champion, j’suis un gros con. »

Autre thème qui apparait souvent, et qui peut-être réunit tout ça, c’est l’amour. Mais pas seulement les histoires de love. Pour la moitié de Bon Gamin, la musique est un des meilleurs moyens de transmettre de l’amour à tout le monde. Ichon t’aime, il te le répète pendant tout le refrain de la track du milieu. L’amour à deux, il semble moins y croire cependant. Même s’il est constamment entouré de femmes dans ses clips, c’est toujours avec un léger ton désabusé qu’il parle d’une relation amoureuse :

« Je regarde les nuages dans la nuit après un film
J’aimerais m’enfuir avec une sirène sur une île
J’lui ferais l’amour, j’lui ferais un gosse, j’lui ferais la cuisine
Mais je sais pas pourquoi, j’suis pas certain que ça m’arrive »

On s’aimera pour la vie en se donnant de l’espace

Enfin, Yann a cette tendance à balancer et rebalancer par-ci, par-là en gimmick une même phrase « Cours après le Blue ». Elle revient depuis le morceau Blue de l’EP Cyclique. Comme il l’explique dans une interview, certains courants philosophiques récents définissent le bleu comme la couleur du bonheur profond. À ce sujet on t’invite à lire le français Martin Steffens. Tu comprends désormais pourquoi Ichon dit ça dans un morceau sur deux. La recherche du bonheur est donc le but ultime du rappeur.

Abordons enfin le style de l’artiste, particulièrement soigné du côté vestimentaire. Ceci sans doute grâce à une carrière de mannequin en parallèle et de contrats avec Nike. Un clip est sorti, le titre éponyme de la mixtape dans lequel  le emcee est très propre sur lui comme à son habitude. À l’aise en jogging comme dans I.C.H.O.N., dans une tenue travaillée de mannequin dans Le Code et aussi dans un costard comme sur sa belle pochette, le montreuillois sait que l’image est importante et la sienne est véritablement très personnelle. Tout ça, ainsi que les thèmes abordés ci-dessus se retrouvent dans ce clip qu’on t’invite à découvrir :

Au final

Beaucoup de choses dites là-dedans et on t’aura peut-être saoulé en analysant à tout va (mais crois-le on s’est restreints au mieux), alors, en bref, retiens simplement que le projet est très bon. Les prods sont superbes et très soignées. Ichon excelle sur la quasi-totalité des titres, mais les morceaux que l’on retient sont – seulement – tous les morceaux. Une véritable identité musicale qui commence à être totalement polie. L’artiste va sans doute beaucoup faire parler de lui dans les années qui suivent. Son projet Il suffit de le faire est dans les bacs depuis le 24 novembre, alors fonce écouter tout ça.

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