2017 en 20 projets rap francophones [2/2]

10) Deen Burbigo – Grand Cru

Deen-Burbigo-Grand-CruAvec Grand Cru, Deen Burbigo a vu les choses en grand. Pour promouvoir son album depuis longtemps en préparation, il a créé sa propre boîte de disque, Maison Grand Cru, a fait beaucoup de promotion et activement participé à clipper ses tracks. On le sent, le membre de l’Entourage a vraiment essayé de faire une œuvre totale, polie au maximum. Au fil des prods tantôt brutes, tantôt pop, des textes très travaillés, à la fois techniques et profonds. Grand Cru a pour qualité de receler plusieurs thèmes récurrents qui sont creusés, comme les rêves ou la famille. Et, flottant au-dessus de ses textes, la volonté de transmettre des valeurs, des principes, ce qui le rattache à l’essence du rap.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9) Di-Meh – Focus

fd5577be2bf2ff7c65c2f0807afd7ba8.960x960x1Le bon rap ne provient pas uniquement de France, les Belges nous l’ont prouvé ces dernières années. Mais nos artistes nationaux n’ont rien à envier à nos voisins en terme de talent. Second projet suisse du classement, Focus de Di-Meh est une véritable pépite. onze titres pour onze ambiances différentes qui ont pourtant deux points communs. Premièrement une ambiance de folie qui te donne envie de pogoter à tout va (et lorsqu’il est sur scène avec son crew c’est pire encore!) et deuxièmement des influences – allant du rap classique, au funk, au punk-rock en passant par le reggae – très bien digérées pour un artiste si jeune. Au final, un projet ultra éclectique, des performances de fou dingue sur Jabbawokeez et Agité, de la détente sur les envoutants No stress et Focus, des invités de marque sur des featurings très réussis (son compère Slimka, Veerus et Népal). Si Di-Meh n’est pas la seule raison pour laquelle le rap suisse s’exporte, il n’en reste pas moins l’un des mecs qui a le plus aidé à créer des connexions avec la France et la Belgique. En bref, les Suisses ont bel et bien un avenir dans la rap, et aujourd’hui plus que jamais, restez focus là-dessus!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8) Infinit’ – NSMLM

40ecb3c019a01f436c28946340123134.960x960x1Le titre du projet est tiré d’une réplique culte du film La Haine de Kassovitz. NSMLM (Nique sa mère le maire) est sans doute une petite pique que le emcee originaire de Nice envoyait au ministre Christian Estrosi qui l’a poursuivi pour diffamation et atteinte à la dignité à cause du morceau dont il est le titre éponyme. Pourtant relaxé juridiquement, Inf’ ne l’a pas été sur ce projet dans lequel il crache de gros couplets bien vulgaires dont certains visent directement les hauts fonctionnaires comme son ami Christian. Sur deux morceaux d’ailleurs, on peut entendre « Eh l’maire, Nique sa mère au maire fils de pute! », une belle manière d’ironiser toute cette affaire.  Au-delà des démêlés judiciaires, l’artiste a livré un EP étourdissant. Son seul bémol est le temps qu’il dure (à peine 26 minutes). Car oui, après une première écoute on en veut beaucoup plus tant le rappeur met la barre haut lyricalement dans son univers de scarla mafieux. Pas étonnant d’ailleurs qu’il soit sorti chez Don Dada, qui flaire assez bien les bons rappeurs francophones. Les meilleurs sons du projet? On peut tous te les citer. Le projet est ultra cohérent, le légendaire Veust Lyricist est présent sur un morceau, il y a de la punchline à foison, les instrus sont lourdes. Que demander de plus?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7) Laylow – Digitalova

19575404_1842181009431998_6749383034330682718_oLaylow a marqué 2017 de son empreinte au sein du rap indépendant. Son délire très personnel a fait son bonhomme de chemin puisqu’il s’est retrouvé en feat avec un nombre impressionnant de bons rappeurs : Sneazzy, plusieurs fois, Hyacinthe, Jok’air, etc… Fascinant dans sa musique qui n’hésite pas à déjouer son apparente artificialité, le Toulousain l’est aussi par son image développée notamment dans ses magnifiques clips. Laylow est un ange déchu coincé dans les roues d’un système qui ne contrôle plus sa mécanique. Racontant ses déboires et ses relations toujours gâchées, il raconte tantôt les soirées défoncées sous différentes drogues avec différentes filles et tantôt les lendemains de regrets amers. Sa faculté à jouer avec sa voix en fait un challenger au refrain de l’année (cf jenny da blocka dans DBSS 3), et son flow plaintif a déjà fait des petits. Digitalova est un grand projet qui vous revaudra l’effort pour s’habituer à l’excentricité des sonorités utilisés par le rappeur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6) Isha – La Vie augmente vol. 1

500x500.108149219758fe58e7d0638L’EP de la renaissance pour Isha est une vraie réussite. Le Belge qui évolue dans la lumière de JeanJass et Caballero aura convaincu sur un nombre incroyable de points, et on sent que le métier parle. L’EP contient en effet des bangers, (comme l’incroyable « Oh Putain »), des morceaux personnels, comme le très touchant la vie augmente, mais aussi des titres sur les femmes (3h37), le tout en gardant la pate inimitable du Bruxellois. Mi-ado plein d’énergie, mi-daron qui en sait long sur la vie, Isha est le rappeur qui symbolise parfaitement l’union du rap drôle et du rap sérieux, tout en sentant la rue et le vécu à plein nez. Car le rappeur n’a pas peur de parler de lui, et c’est aussi une grande force. On découvre son parcours atypique en écoutant le projet, et on a l’impression que c’est un vieux pote qui nous raconte ses hauts et ses bas. La Vie Augmente Vol. 2 arrive le 2 février, et on s’en réjouit beaucoup.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5) Orelsan – La fête est finie

5d93b0dc0d52b2bfe73de98a6ccceaab.1000x1000x1On l’attendait impatiemment depuis 5 ans, on n’a pas été déçus. Le retour en solo d’Orelsan a été à la hauteur de nos attentes. Pour son troisième album, le dernier de la trilogie, le Caennais a évolué, a mûri. Tout en conservant son humour et son côté crasseux que l’on aime tant, le San (comprenez « monsieur », en japonais) a exploré de nouveaux terrains musicaux et textuels. Son album ne ressemble à aucun autre, et aucun autre ne lui ressemblera sans sembler ridicule. Seul Orelsan peut poser sur de l’afrotrap en compagnie de Maître Gims, faire une chanson d’amour éperdu et se comparer à une « bonne meuf » sur le même album. Le tout en donnant une impression de cohérence et de maîtrise. Le rappeur touche au génie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4) Damso – Ipséité

1a572edbf6da198c99dacd7c19282804.1000x1000x1Un des albums qui a le plus marqué 2017. Le rappeur belge a pour son second opus trouvé une profondeur vertigineuse dans ses textes. A l’aide d’une écriture épurée, il raconte ses combats, ses failles, ses peurs. Les productions sont toutes d’une qualité exceptionnelle et Damso a à chaque fois su y lever un flow. Une véritable symbiose entre texte, instrumentale et flow qui donne le vertige tant elle révèle les horizons nouveaux qui s’offrent au rap français. Le protégé de Booba a trouvé la recette non seulement pour rassembler une majorité de fans de rap, mais aussi pour légitimer le genre auprès des sceptiques. «Macarena» résume à lui seul  ce que signifie en 2017 le rap moderne : de la musicalité, de la profondeur, et l’envie irrésistible de bouger la tête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3) JeanJass et Caballero – Double Hélice 2

81c2a5f92be34f9fae8061151ae4e86f.960x960x1Nous avons connu JeanJass et Caballero bien avant leur million de vues et il est génial d’observer le chemin parcouru, mais il est encore mieux d’apprécier cette pépite qu’est Double Hélice 2. Le grand maladroit aux cheveux bouclés et le gros barbu espagnol se sont forgés des identités propres, reconnaissables au premier coup d’œil et qui ne laissent personne de marbre. Tel des personnages de cartoon qui s’opposent mais qui vont toujours de pair, ils ont développé une des meilleures complémentarités du rap francophone, au niveau des enchaînements couplet-refrains, des passe-passes, mais aussi des personnalités, ce qui fait que la formule fait mouche à chaque coup. Leurs hits que sont TMTC, SVP et bien sûr Sur mon nom. Ayant tellement de succès avec leurs punchlines humoristiques, on en oublierait presque les moments sérieux de l’album. Pourtant les titres Un Endroit sûr et Voler sont de vraies réussites et font réfléchir sur la vie actuelle, montrant que même si les deux rappeurs ont mis leur casquette consciente de côté, ils n’en ont pas moins de la profondeur. Sur cette dernière, ils ont juste mis une double hélice, et ça fait toute la dif’.

 

 

 

 

 

 

2) Kekra – Vréel 3

https_images.genius.com_60919b7eb9d421a57be411991817e74d.1000x1000x1Véritable ovni du milieu, Kekra intrigue autant qu’il agace et qu’il fascine. Ce combo crée pour lui un véritable buzz mais qui ne prend, hélas pour les amateurs comme nous, pas autant qu’il le devrait. Ce qui intrigue chez l’artiste de Courbevoie c’est premièrement le fait qu’il soit masqué. Alors si certes ce n’est pas le premier à le faire (S/o Népal, Siboy et j’en passe) il crée un véritable engouement autour de cela pour les amateurs de sa musique. Là ou il agace c’est évidemment le côté spé de sa musique – à fortes consonances grime et autres musiques de l’underground anglais – qui n’est pas accessible à n’importe qui. Ce qui peut agacer aussi les puristes c’est le côté « facile » que peut avoir sa musique de prime abord (refrains très répétitifs ou en ad-lib, autotune excessif entre autres). Maintenant, venons-en à ce qui fascine chez l’artiste. Premièrement, la qualité des sons et des prods quasiment toujours maitrisés et en constante amélioration. Deuxièmement, son univers sombre qu’il crée depuis son premier projet rend sa musique fascinante. Si les thèmes sont loin d’être révolutionnaires – drogue, armes, sexe et argent – ils sont amenés sous un angle sonore jusque-là jamais fait en France. Si son projet est classé second, l’artiste peut facilement être classé rappeur de l’année avec ses deux projets totalement fous sortis en 2017.

 

 

1) Hamza – 1994

fb790989b6848f8b6852d73f5cc2a07b.1000x1000x12017, année du rap belge, je crois que le doute n’est pas trop de mise vu la qualité incroyable que le plat pays a proposé. Si Hamza se retrouve premier de notre top, c’est parce qu’il a réussi à se surpasser cette année, en faisant la même chose qu’il avait déjà fait, mais en beaucoup mieux. La vibe du belge entre spleen, femmes et drogues n’a pas beaucoup changé mais sa manière de la chanter s’est améliorée pour se rapprocher de la perfection. Poésie du quotidien qui dépeint la violence de la société moderne, elle semble sortir des tripes, et ses phrases à moitié en anglais ne décrivent que mieux le caractère bâtard de sa musique. Exposant sa faiblesse et son obsession pour les femmes, Hamza y met tellement de talent que même le guerrier le plus endurci ne pourrait pas ne pas s’y reconnaître. Sa force est également de lier ce côté à la vie de rue, ce qui donne tout son sens à ses performances. Si on peut reprocher à Hamza la répétition dans les thèmes de ses couplets, il y a répondu de la meilleure des manières avec 1994, un des meilleurs titres de l’album, très personnel, qui revient sur les passages difficiles de la vie du rappeur. Bien sûr, il faut également noter l’incroyable travail de production sur le projet réalisé notamment par Ponko, dont la complémentarité avec le rappeur n’est plus à prouver. A la fois street et sensible, connaissant sa formule mais cherchant toujours à améliorer sa musique, Hamza a marqué 2017, et pas de doute qu’il fera encore parler de lui les années prochaines.

 

Si vous avez encore faim, on vous sort bientôt un bonus, parce que 2017, c’était trop cool

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