Culture II: Migos te soulève au cric

Secouer des daronnes

Si le rap US portait en 2017 l’emprunte sulfureuse de Migos, on était en droit d’imaginer – à une époque où les codes du hip-hop évoluent, meurent et renaissent constamment – que le succès du trio d’Atlanta, comme atteint d’un trouble érectile, retomberait aussi vite qu’il était venu.

En bref, Migos aurait pu se contenter, suite au succès de Culture, d’enchaîner les albums moyens et les collaborations douteuses avant de retomber lentement dans le panthéon des phénomènes qui ne sont plus.

Ironie du sort, alors que certains enterrent les Migos, c’est sur des notes d’orgue et des chœurs clamant l’Ascension perpétuelle du trio que s’ouvre Culture II, sorti le 26 janvier 2018. La recette n’a pas changé et Migos nous le fait rapidement comprendre, au-delà du titre de l’album ; entre prod’ codéinées, flow nonchalants et beats faits pour secouer des daronnes, les ingrédients du cocktail Molotov sont réunis et avec eux les barmen qui vont exploser tes synapses.

Tout comme son prédécesseur, Culture II est la bande-son parfaite de la biographie d’un dandy sous substances passant ses nuits dans les strip-clubs d’Atlanta. Son atmosphère et ses sonorités suaves achèveront de déhancher des boules tout juste remis de Bad and Boujee.

On sent toutefois rapidement que la volonté de Migos est de se démarquer de ce qui a été fait, d’avancer et d’explorer de nouvelles sonorités pour au final aboutir à un album plus compliqué et donc mieux maîtrisé qu’il n’y paraît à la première écoute.

Plus qu’un Culture II

Ce qui frappe tout d’abord dans le propos de Migos est son ton emprunt d’une mélancolie qu’on ne connaissait pas au trio d’Atlanta. Accentuée par un usage calibré de l’autotune et un flow toujours plus languissant, une certaine lassitude se dégage de cet opus. Comme si – à la façon de PNL – les trois comparses nous transmettaient l’ennui de leurs existences au sommet. Pourquoi faire un effort lorsque même sans se battre on distance la concurrence ?

Migos prend ensuite le risque de poser sur des productions trap plus complexes, instables. On était habitué à de gros bangers simples mais efficaces, on se retrouve avec des instrus tortueuses, inhabituelles. Narcos, par exemple, associe basses trap et samples des guitares sud-américaines, ce qui a achevé de me rendre addict’ à ce morceau. Dans la même veine, Auto Pilot emprunte des sonorités électroniques irrégulières rendant le morceau imprédictible et fascinant.

Bref, les sons sont très lourds et on remarquera que Migos a particulièrement mis l’accent sur ce point en collaborant sur les prod’s avec des artistes tels que MetroBoomin, MikeDean, OGParker, MurdaBeatz, Cardo, Wheezy, ou encore KanyeWest. Ce dernier a d’ailleurs joué le rôle d’un mentor pour Quavo qui s’est également démarqué par des productions riches (certains affirment même qu’il s’agit d’un album solo de Quavo backé par ses comparses).

Force est de constater que tout au long de l’album, le trio pose avec une facilité déconcertante et tombe toujours juste dans le ton du morceau – même lorsque la prod’ est indomptable.

L’album se distingue également par une cohésion d’ensemble. Les membres de Migos ont tour à tour leur heure de gloire, quand bien même on notera une quasi-omniprésence de flows bien léchés du côté de Takeoff. Les couplets s’enchaînent de façon fluide et l’on ressent l’unité présente dans le trio. Symptôme ou conséquence, en-dehors du rouleau compresseur MotorSport en featuring avec Nicki Minaj et l’omniprésente Cardi B, Migos n’a posé avec aucun autre artiste sur cet album comme pour prouver que la cause de leur succès doit se chercher dans leur unité et pas dans un feat avec DJKhaled ou Gucci Mane. De même, l’enchaînement des morceaux est parfaitement maîtrisé et rend l’ensemble très fluide, ce qui est loin d’être gagné lorsqu’on aligne 24 sons sur un album.

Cette durée tranche complètement avec ce à quoi Migos nous avait habitué. Avec leurs 15, respectivement 13 sons, Yung Rich Nation et Culture font pâle face au béhémoth qu’est Culture II. Migos n’est toutefois pas novice en la matière et leurs mixtapes originelles alignaient également les sons en grand nombre. Cet album est au fond, une façon pour Migos de nous rappeler d’où il vient et ce qui fait sa véritable essence. Il nous renvoie directement à l’époque des tapes massives émanant des vapeurs d’alcool et de cyprine, rythmée aux seuls flows du trio.

Un tournant dans la discographie des Migos?

Je sens déjà venir les avis sur cet album regrettant le manque de véritable banger, d’hymne à la lean et aux gros culs. Avec ses presque deux heures de trap, Culture II pourrait sembler lisse au premier venu qui téléchargerait MotorSport sans se poser de questions et se demandera dans 6 mois pourquoi il a bougé la tête sur ce son, lorsque la mode aura passé.

Certes, Migos n’a dévoilé que trois singles pour teaser son album et a balancé 24 morceaux en écoute comme un laborantin observant un bain de cultures. Il n’en demeure pas moins que rien n’est à jeter dans cet album, tout est bon. Fait étrange pour un groupe comme Migos, l’album doit être réécouté pour être redécouvert, pour être compris. Il plaira au perfectionniste qui devra s’y reprendre à plusieurs fois pour ne plus être surpris par un beat ou un flow et qui se retrouvera une fois de plus croché à ses enceintes incapables de dire ce qui le retient dans cette trap de dernier de classe surdoué.

Moi qui voyais le trio d’Atlanta uniquement comme un phénomène de mode, j’ai été forcé de constater la maîtrise sous l’apparente nonchalance, la complexité sous la simplicité, la culture sous la facilité.

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