YL: Une confidence se donne mais ne se demande pas

Massilia

Dans la catégorie rap de go fast, Marseille nous a habitué, ces dernières années, à plusieurs poids lourds du genre. Qu’il s’agisse d’Alonzo ou plus récemment de SCH, tous ont su rythmer nos fantasmes de malfrats à grosses cylindrées, s’affranchissant des normes du genre pour mieux les recréer. Les codes de ce style semblent usés jusqu’à la corde et ce serait se la passer au cou que de vouloir s’y joindre sans proposer un contenu intelligent ou innovant.

YL, Yamine de son vrai nom, est le dernier arrivé de cette mouvance. Né en 96 et vivant à Marseille, le rappeur s’essaie dès son plus jeune âge au rap avec le groupe 11.43. Ce n’est qu’à partir de 2016, qu’YL se fait reconnaître pour son travail en solo. Sa notoriété est alors suffisamment établie pour lui permettre de poser avec Fianso et ainsi élargir encore son public. Le 23 février 2018, le rappeur marseillais sort son premier album solo, Confidences, chez Def Jam. YL a su s’entourer de grands noms pour réaliser une entrée fracassante dans le game. Au-delà de son entrée sur le terrain, cet album porte les traces d’un avenir prometteur pour YL et empêche la relégation du marseillais sur le banc de touche du rap jeu.

Intégrité

L’album s’ouvre sur Fruit de mon époque, piste vénèr’ à souhait, sur lequel YL kick sale alliant au moins trois flows différents. La track est remontée à bloc (coïncidence, c’est le talentueux Seezy qui signe la prod), chaque phase du rappeur est efficace, posée avec un soin et un calme remarquable. Ce morceau augure donc le meilleur pour le reste de l’album et soulève déjà une particularité d’YL : il représente.

« J’attends de votre part aucun conseil sur ma tactique, je veux ma recette. On me connaît déjà, je suis Larlar, je suis Air Bel, je suis Marseille. »

YLFruit de mon époque

A la manière d’un Fianso, YL nous rappelle sans cesse sa ville, ses origines et la fierté qu’il a de les compter dans son identité. Fruit de mon époque va déjà dans ce sens, puisqu’YL y clame son appartenance à Marseille. De plus, YL varie son flow tel un caméléon et nous rappelle tantôt un Lacrim énervé sur les couplets, tantôt un SCH de A7 par son usage de l’autotune. La similitude est trop remarquable pour être une erreur et trop franche pour signifier un manque d’inspiration. On penche donc plutôt du côté de l’hommage. L’amour d’YL pour sa tess’ rythmera l’ensemble de l’album, l’assortissant d’une authenticité et d’une franchise attachantes.

L’intégrisme d’YL concerne non seulement sa ville natale mais aussi ses origines algériennes, qu’il brandit fièrement tel un étendard. Les hommages du rappeur à l’Algérie parsèment l’ensemble de l’album parfois sous forme de clin d’œil, parfois comme sujet d’une track. Dans Vai Nova, par exemple, le rappeur marseillais fait honneur à son père en kabyle. Dans d’autres tracks, c’est parfois simplement l’instru’ qui prend une tournure sonore arabisante, comme sur le lancinant Elle me ment. Enfin, et c’est assez remarquable pour une tête d’affiche du rap fr, le marseillais kick à plusieurs reprises des versets entiers en arabe, les intégrant parfaitement au sein des couplets.

Cette honnêteté dans la démarche d’YL rend l’album attachant et on se plaît à imaginer pouvoir partager la fierté du rappeur en son identité. L’intégrité du marseillais pourrait d’ailleurs rapidement devenir sa marque de fabrique, tant les pistes, telles La cause de mon père, Favelas ou Ahmed Othman, nous prennent aux tripes.

Performances irrégulières

Après son entrée fracassante sur le terrain, on attend de Confidences qu’il embraie au même rythme que Fruit de mon époque. On se retrouve toutefois à écouter le bien nommé Oublie moi, titre dansant faisant étrangement penser à du JUL, dont l’autotune dégoulinante fait très vite retomber la tension amenée par la première track.

Après le très réussi Vai Nova, vient Escort, track qui a elle seule résume l’entier du paradoxe qu’est YL. Le morceau décrit la relation d’un taulard et d’une escort, et connaissant le parcours du marseillais, on ne peut s’empêcher de voir des indices d’un remake sauce 2018 de la Carmen de Bizet. Dans un même temps, YL parvient à nous caler un refrain complètement pété du type:  » Tu fais du squat, squat, squat /Pour être au top, top, top […] Elle m’ouvre les portes, portes, portes /Vu qu’elle est trop bonne, bonne, bonne. » Cette irrégularité est particulièrement choquante ici, au sein du même morceau, mais elle se retrouve tout au long de l’album.

En effet, le reste de la première partie de l’album est passablement mauvais: les tracks se confondent, aucune phase n’est réellement incisive et ne vient nous décocher une droite. Heureusement, l’excellent featuring avec Fianso et Niro, La Hagra, rattrape l’ensemble de cette soupe et à nouveau, alors qu’on pensait voir Confidences s’essouffler, YL signe un geste héroïque et nous montre qu’il a encore de la rage sous les crampons.

La deuxième partie de l’album, soit à partir de Donne-nous le en feat. avec Alonzo est le miroir parfait de la première. Les titres sont dans l’ensemble mieux maîtrisés, plus incisifs et ont chacun leur identité propre . On relèvera par exemple les excellents Métaux, Ahmed Othman et autres La cause de mon père, dans lesquels YL fait preuve d’une introspection rare pour un rappeur de son âge et sur son premier véritable album solo. Ces dernières tracks donnent tout leur sens au titre Confidences, puisque c’est véritablement dans cette partie de l’album que le marseillais se dénude et nous dévoile, enrobé de phases efficaces et intelligentes, les facettes de sa personnalité, ses doutes et ses gloires

« Apprends-moi à lire et à écrire même si ta pensée et ta culture sont vecteurs du mal. »

YL, La cause de mon père

C’était sans compter sur l’insipide collaboration avec JUL sur T’es pas la même, un titre à la production inexistante dans lequel YL s’abaisse au niveau de rime de son comparse, nous livrant ainsi l’un des plus mauvais morceaux de l’album, entourés véritablement de pépites. Ce titre est le contrepoids total de La Hagra qui venait kicker une partie de l’album en sons plutôt faibles, puisqu’il vient complètement casser une phase de sons représentatifs du talent d’YL.

Dele Alli

Tout comme le milieu anglais, Confidences souffre du syndrome du jeune prometteur. On n’a de cesse d’admirer les moments de génie qui les habitent et on voit déjà en eux le futur de leur discipline. On est toutefois très vite désenchanté par un écart de conduite ou un moment de faiblesse, remettant en question l’ensemble des espoirs bâtis sur eux.

Confidences est un bon album, qui nous prouve qu’YL a les moyens d’apporter un renouveau dans son style. C’est néanmoins dans les moments où il se veut le plus rassembleur dans ses sons que le marseillais se dénature et devient inintéressant. A l’inverse, les réels moments de confidences de cet album sont vrais et attachants. C’est dans ses moments d’introspection qu’YL démontre tout son potentiel de textes, de flow et d’émotions transmises.

Pour marquer les esprits lors de ces prochains projets, YL devra veiller à se constituer une identité propre et à exacerber son intégrité. On n’attend pas de lui qu’il tombe dans le sentimental pour bar à chicha, mais qu’il continue sur les chemins de l’introspection et ne cesse d’écrire avec ses viscères.

 

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