[Interview] Slimka: « Le rap FR est encore bloqué dans des positions et des codes qui ne m’impressionnent pas »

Il devait être environ deux heures du matin. Assis dans les profonds sofas du No Name, Skrt Mag ! laissait gentiment l’euphorie de l’interview avec La Base et la rencontre avec Demon One redescendre. D’un œil distrait, nous regardions la foule s’agiter sur une production des Tru Comers, bercés par les rythmiques de Ri.k qui bombardait tel un Uzi.

C’est alors que nous le vîmes de loin arriver dans le club. Slimka était entouré de sa clique et se frayait, d’un pas nonchalant mais assuré, un chemin en direction des backstages.

Nous avions rendez-vous avec lui afin d’enregistrer une courte discussion concernant ses projets et sa vision du rap jeu.

Le backstage que nous avions délaissé le temps d’une petite heure, s’était rapidement transformé en aqua, SWK oblige.

A l’inverse de Di-Meh, Slimka était assis, calme dans cette atmosphère de skonk’. Son attention était rivée sur l’écran d’un ordinateur portable. Le temps de nous saluer, il se souvint de nous et accepta de discuter. Il avait cette capacité à se faire maître d’un lieu. Connu de tous, son chemin était semé de checks et de dégustations de pilon, mais fidèle à sa parole Slimka nous accorda l’espace d’un moment l’ensemble de son attention et de sa personne.

Skrt Mag ! : Merci de nous accorder de ton temps pour ton interview. Gros big up à toi pour le projet, on a adoré Georges de la Dew mais ça se prononce comment ?

Slimka : Merci les gars vous êtes trop chauds. (Rires) George de la Dew… en fait c’est un capverdien qui m’a appris le mot « Dew » et sa prononciation, ça ressemble un peu à du portugais. 

NDLR: Pour une prononciation juste de « George de la Dew »:

SM : No Bad vol.2 est sorti il y a encore peu de temps. Comment tu te sens par rapport aux retours que tu as eu ? Tu es satisfait ?

S : C’est cool franchement. Il y a eu de très bons retours. Ouais, je suis satisfait de ouf.

SM : Tu as sorti No Bad vol.1, un projet archi-lourd, alors que personne ne s’y attendait. Comment tu as fait pour gérer la pression et sortir quelque chose d’encore plus fort ?

S : Ça se fait automatiquement. Je travaille et le travail paie. Plus tu travailles, plus tu prends du niveau et plus tu t’améliores. 

SM : Comment tu vois la continuité entre tes projets ? 

S : Les deux projets sont une partie de moi mais qui se ferme. Elle aura duré un peu plus d’un an. Mais on part pour de nouvelles aventures. Après, ce sont mes premiers albums donc ils feront toujours partie de moi.

SM : On est dans 20 ans, tu es posé dans ton sofa et mates ta discographie, où sont les No Bad ?

S : Je les vois comme mes deux premiers projets, mes deux premiers bébés. Ce sera toujours quelque chose dont je me souviendrai dans ma carrière. Tu ne peux pas oublier tes deux premiers projets.

SM : Jusqu’à présent, on a été habitué à un Slimka très chaud, très énervé. Est-ce que c’est ta marque de fabrique ou est-ce que c’est quelque chose qui est propre aux No Bad ?

S : Il y a plein de rappeurs qui sont vénèr’ en vrai, après ma façon de m’énerver à moi, d’être chaud, c’est une marque de fabrique.

SM : Donc on ne doit pas s’attendre à une série antagoniste type « No Good » G-funk et tout ? (rires)

S : (rires) Qui sait ? Tu me donnes des idées.

IMG_2094

SM : Dans les deux projets, il y a vraiment une cohésion entre ton attitude et tes prods. Comment se passe ton travail avec ceux qui font tes instrus ?

S : Quand je reçois des prods, je sens directement quand je kiffe. Je reçois beaucoup de prods, j’adore les prods. Je me suis même mis à en faire sur mon téléphone (rires).

SM : Que ce soit dans tes textes ou dans tes prods, on sent des influences des USA ou des rappeurs français. Qu’est-ce qui t’a influencé dans la création de tes projets ?

S :Mes sources, ce sont avant tout mes frères, tout le temps. Sinon dans le rap français d’une manière générale, je n’ai pas de modèle, personne ne m’influence ou ne m’inspire. Côté US, j’écoute plein de rappeurs. Pour ce qui est de mon attitude, j’ai eu le déclic quand j’ai vu Travi$ Scott sur scène. On est dans le même délire, on se met dans un état de transe. Sinon, je n’ai pas de modèle, je ne suis pas un rappeur à classiques qui est capable de te dire «  ce son m’a marqué ».

SM :  Tu as une patte qui t’est propre, rien que par cette transe « XTRM » comme tu aimes le dire.  Ça me fait penser au son Milieu qui montre vraiment de façon explicite ton ambivalence et tes multiples personnalités. Tu as une forme de rage en toi que tu arrives à contenir ?

S : Ouais, on peut dire que je la contiens. « Je change de mood quand je veux ». Je suis gentil mais si tu me casses les burnes, je m’énerve vite.

SM : Tu te sens comme un gars bien qui vrille, type Hulk, ou une personne en rage qui est capable d’être très séductrice, comme Ryan Gosling dans Drive ? 

S : Je dirais plutôt Ryan Gosling. Hulk il ne se contrôle pas, il bad et il se transforme. Dans Drive, il contrôle…

SM : En plus, il est soin (rires).

S : (Rires) Voilà t’as capté. 

SM : Le côté séduction dans certains de tes sons m’a clairement marqué, comme dans Crazy Horse, Fantasia, Fast and Furious. C’est des sons sur lesquels on peut clairement ramener une meuf à l’appartement (rires). Tu te définis comme un séducteur ? 

S : (rires) Je suis un séducteur moi, un grand grand grand séducteur.

SM : Vis-à-vis des femmes ou vis-à-vis de ton public ?

S : Vis-à-vis de mon public. Il faut séduire son public, t’es obligé.

SM : T’as un côté « tu m’aimes ou tu me quittes ». On ne peut pas juste kiffer à moitié avec toi, mais les gens ont accroché. Comment ce pari a-t-il marché ?

S : Frère, le succès n’est pas encore énorme. J’ai du monde qui m’entoure et qui me donne de bons conseils. J’ai encore la tête sur les épaules.

SM : Si on prend le clip de Diego par exemple. Il a beaucoup fait parler de lui, il est très ambitieux. Comment tu fais pour n’être jamais là où on t’attend et finir par t’habiller en aristocrate dans un de tes clips ?

 S : C’est juste moi, le feeling. J’ai des idées qui se croisent et je suis entouré de réalisateurs super bons, par exemple Dissidence Productions qui ont de super idées et avec qui la collaboration se passe bien. Mais tu vois mec, je n’ai pas envie de crier victoire trop tôt, ce n’est que le début, que le deuxième projet. Le meilleur reste à venir et j’ai encore beaucoup à prouver. Je préfère ne pas trop parler.

SM : Dans le même sens, tu as déclaré plusieurs fois que même si vous ne prévoyez pas de projet commun avec la SWK, vous travaillez ensemble. Comment tu définis la collaboration avec tes frères ?

 S : C’est un moteur, c’est le feeling. Chez moi, le feeling est une réponse à beaucoup de questions, mais c’est ça, c’est la réalité.

SM : Beaucoup de rappeurs commencent à poser en « rappant pour les rappeurs » et trouvent seulement plus tard leur délire propre. A l’inverse, tu es tombé dans le mille directement. Comment tu expliques ta décomplexion par rapport à ça ?

 S : On est SuperWak, on casse les codes, on n’a aucune restriction. On ne va pas se bloquer à faire un son à trente punchlines et des dizaines de multisyllabiques. On est dans notre délire. Après soit tu suis, soit tu ne suis pas, tu ne peux pas être à moitié dans le délire, comme tu disais avant.

 SM : Tu dis que SWK brise les codes. Est-ce que tu sens une évolution des mentalités dans le rap FR comme on a pu le voir dans le rap US ?

 S : Le rap FR se prépare gentiment à ce que les codes soient cassés, mais n’est pas encore prêt. Le rap FR est encore bloqué dans des positions et dans des codes qui ne m’impressionnent pas.

SM : Quel est ton ressenti par rapport aux publics et aux différentes mentalités dans un pays aussi varié que la Suisse ?

 S : Pour moi, les scènes suisses-allemandes et romandes sont les mêmes. Du côté du public, je ressens le même engouement derrière moi, aussi bien en Suisse-romande qu’en Suisse-allemande.

SM : Le rap game suisse est souvent défini par les journalistes comme « le petit frère du rap belge ». Moi j’aimerais plutôt que tu me dises ce que le rap belge a, à vous, à nous envier.

 S : Franchement, la liste est longue (rires). Honnêtement, on est juste SuperWak, c’est une force qui ne se retrouve pas ailleurs, personne ne peut comprendre. Que ce soit dans l’inventivité, le renouveau, on est trop chauds. On est dans un autre délire.

 SM : Enfin pour finir, c’est quoi ton ad-lib préféré (rires) ?

 S : Tanzen !

Le temps d’un check et d’un remerciement, Slimka était déjà de retour face à son écran, toujours aussi calme. Il était ici dans son élément avec ses frères, chez lui.

Plus tard, il irait retourner la salle pleine à craquer du No Name, laissant cette rage qui l’habite le contrôler et le faire entrer en transe. Épaulés par ses comparses, il s’appliquerait à réveiller dans un grondement, cette bête féroce endormie par les vapeurs d’herbe, la SuperWak.

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :