La Dose mensuelle de sale (Mai 2018)

Avec l’avalanche de projets qu’on peut se prendre dans le rap international à l’ère d’internet, difficile de faire le tri entre les montagnes de titres. Dans cet article, on vous présente donc la crème des sorties du mois de mai, en 6 projets: 3 francophones et 3 anglophones, pour le plaisir de vos oreilles. Entrons dans le vif du sujet.

Express BavonMélange

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Ceux qui suivent Joe Lucazz ou encore Metek se rappellent peut-être d’Express Bavon, le mystérieux chanteur-rappeur du 19ème arrondissement. En effet, il a l’art de poser le refrain parfait sur un morceau, comme il l’avait fait avec le magnifique Corner de Joe Lucazz. Cet artiste n’avait pour l’instant sorti que quelques EPs, et il a franchi un palier avec ce projet qui nous a marqué : Mélange. L’album est placé sous le signe du mélange d’alcool, de drogue, de gens, et aussi de style puisque le parigo place ses couplets et refrains chantés sur des beats trap. Cela crée l’ambiance parfaite pour découvrir l’univers du Bavon : Paris 19ème avec ses traitres et ses plans bizarres, mais aussi ses filles et ses « petits comités » qui entourent le chanteur. Un projet confidentiel qui mérite (beaucoup) plus d’attention.

A$AP Rocky – Testing

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Cela faisait trois ans que l’on était sans nouvelles du MC de Harlem, qui semblait plus enclin à jouer les apprentis stylistes qu’à nous livrer une cuvée dont il a le secret. On se doutait que cette période de calme sonnait plutôt comme le repos feint de l’alligator guettant sa proie et heureusement nos doutes se sont vus confirmés en ce 25 mai, puisqu’A$AP Rocky a sorti Testing, un album emprunt de classe, d’excentricité et de bon goût, à l’image du dandy posant sur ses pistes.

Balayons immédiatement les espoirs ou les craintes hantant vos esprits de brebis égarées, cet album ne marque aucun changement dans la ligne artistique du MC. Il se cale dans la parfaite continuité du trio formé par Live. Love AsapLong.Live.Asap et At.Long.Last.Asap. Vous y retrouverez le flow nonchalant d’un A$AP désabusé se baladant sur des instrus hétéroclites. Posant avec un calme reptilien, Rocky saute sans peine d’une ritournelle électro en collaboration avec Moby, à un beat jazzy, marquant une escale rapide sur des instrus pop-rocks à la façon d’un Velvet Underground sous 808. Vous l’aurez compris, le MC new-yorkais est un explorateur, testant ses limites et celles de ses auditeurs avec maîtrise, évitant ainsi de sombrer dans le mauvais goût. Le rappeur expérimente, laisse son instinct prendre le dessus et signe un album plein d’audace et d’élégance.

A$AP Rocky cherche à signer ici une oeuvre d’art – on sait ô combien l’esthétisme est important pour ce rappeur – sans vouloir la surcharger de phases techniques et de sons lourds de sens. Les thèmes abordés se réfèrent donc principalement à la vie luxueuse du dandy, même si on notera quelques traits d’esprit à l’égard du Président, Donald Trump, et de son administration, apportant un vent de réflexion dans une oeuvre aussi contemplative.

Testing est frais. Il est esthétique. Comme toute oeuvre d’art, il intrigue et oscille entre contemplation et réflexion. Il n’est pas juste un album de plus d’A$AP Rocky mais, bien que l’on reste en terrain connu,  marque une tendance à plus d’expérimentation de la part du MC.

Di-MehFocus vol. 2

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Di-Meh est régulier comme une montre suisse et nous fait le plaisir d’un nouveau projet en ce 10 mai. S’il a acquis très jeune le statut qu’on lui connaît de prodige du rap suisse, il est bon de constater que notre Di-Meh ne s’endort pas sur ses lauriers ni ne se prend pour un grand avant d’en être un, ce qui aurait pu lui arriver facilement vu la hype qui l’entoure. Au lieu de se lancer dans un projet trop ambitieux, le Genevois continue la très fraîche série Focus sans se prendre trop la tête. Au contraire, il développe ses atouts en multipliant les flows différents et en assurant de bons refrains comme dans le magnifique Blocka. Ses connexions françaises, belges et même canadiennes lui ont également permis d’avoir d’efficaces featurings avec Roméo Elvis, Krissy ou encore Laylow. Un projet original et énergique de plus signé SWK. Longue vie.

Pusha T – DaYTona

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7 tracks et 21 minutes, soit les limites que Pusha T s’est imposées pour nous convaincre de son retour en force dans le game depuis King Push – Darkest Before Dawn: The Prelude. Là où certains crieront à l’escroquerie, à l’EP, d’autres y verront un signe de génie : la capacité d’épurer à l’essentiel.

A l’image de Culture II, de Godfather ou plus récemment de SR3MM, il semble à présent commun de sortir des skeuds d’une vingtaine de titre et de flirter ainsi avec la production de ces purulences infâmes que sont les titres « fillers ». Pusha T s’inscrit donc – et nul doute que Kanye West en est l’instigateur, vu ses récentes déclarations sur les sorties d’albums qu’il chapeaute pour ce début d’été – dans une optique opposée en nous proposant 7 titres à l’intensité et à la complémentarité démentes.

Il m’aura fallu plusieurs jours de convalescence pour me remettre de cette claque monumentale et cesser de crier à qui voulait bien l’entendre que DaYTona était l’un des meilleurs albums que j’ai eu l’occasion d’écouter. Ce qui frappe d’abord, c’est l’originalité, la profondeur et la recherche dans le travail de production qui aura coûté une année et demi de la vie de Kanye, au sommet de son art. Les instrus toujours plus organiques, les samples et la post-production servent au mieux le flow d’un Pusha T inspiré dans ses schémas de rimes et dont on avait oublié la maturité. L’ensemble de l’album, artwork compris, s’articule autour de la production et de la consommation de came, thème cher à Push. Décrivant avec nostalgie un univers qu’il a eu l’occasion de fréquenter, le rappeur de Virginia Beach semble toutefois lui porter un regard critique, notamment en illustrant son album avec une photo de la salle de bain de Whitney Houston alors qu’elle était au sommet de sa consommation de substances.

DaYTona est un album « coup-de poing ». A peine commencé/terminé, il crée une terrible sensation de manque. Je n’ai pu m’empêcher à maintes reprises de replonger, de me laisser à nouveau fasciner par ce travail d’orfèvre.

DinosImany

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Dinos est de ceux qui accordent beaucoup d’importance au cap du premier album. Et pour cause, il nous aura fait attendre pour pouvoir déguster Imany, son premier long format. Il aura également passé par des galères, (il a quitté Def Jam entre temps) mais tout ça pour revenir plus fort. Du coup, ce projet est vraiment conséquent, autant en terme de longueur (17 titres quand même) que par le fait qu’il est très personnel et construit. Dinos (il a simplifié son blaze en passant) balance ses rimes nonchalantes mais touchantes sur tous les thèmes sans rien esquiver. Il montre aussi son amour pour le rap français en multipliant les références (de Booba à Joe Lucazz en passant par Flynt). Dinos n’a aucune honte de son demi-succès et avance avec ses propres atouts, ce premier album solide marque la continuation d’un beau parcours.

Rae SremmurdSR3MM :

SR3MM

En mai 2014, un jeune duo couvé par le producteur Mike-Will-Made-It explose avec leur hit « No Flex Zone ». Quatre ans après, les Rae Sremmurd ont fait mentir les pessimistes qui les traitaient de one hit wonder et sont désormais l’un des duos les plus enthousiasmants du hip-hop moderne.

Après deux albums, SremmLife et SremmLife 2, très bien reçus, le duo a décider de profiter de sa nouvelle notoriété pour prendre des risques avec la création d’un triple album. Inspiré de Speakerboxxx / The Love Below, classique du légendaire duo Outkast, le disque se compose donc de trois albums en un : SR3MM, Swaecation et Jmxtroduction. Un album de Rae Sremmurd, un album solo de Swae Lee et un album solo de Slim Jxmmi, rien de bien sorcier. Au total, 27 titres, du plaisir et beaucoup d’enseignements.

Véritable test maquillé par l’ajout de SR3MM, les deux albums solos ne font qu’au final confirmer l’entente vitale qui règne chez les deux frères. Swaecation et Jxmtroduction sont pourtant des albums de qualité, Slim Jxmi faisant même taire les sceptiques avec un opus qui confirme qu’il est bien loin d’être un simple faire-valoir, à l’image de la géniale conclusion qu’est « Growed Up ». Du côté de Swae Lee, on se régale avec ses refrains toujours catchy et quelques pépites bien conçues comme « Touchscreen Navigation ». Néanmoins, il apparaît parfois un peu limite pour tenir un son entier sans le kickage de son frère, qui le sublime dans l’excellent « Guatemala », titre phare de Swaecation.

Fort heureusement, le duo n’a pas perdu de son éclat sur SR3MM où l’on profite au maximum de leur alchimie sur le méga-tube « Powerglide » au refrain up-tempo parfaitement exécuté par Swae Lee. On retrouve d’ailleurs sur ce son un fréquent collaborateur comme Juicy J (Aleady, Shake It Fast) et l’album comporte également des apparitions très réussies de The Weeknd et Future, respectivement sur « Bedtime Stories » et « Buckets ».

SR3MM est donc un concentré d’énergie idéal pour l’été, et une occasion pour chacun de découvrir ou redécouvrir le duo au travers de ces trois albums.

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