DAYS BEFORE ASTROWORLD #2

Astroworld, le troisième album studio de Travis Scott, est à ranger dans la catégorie des projets susceptibles de marquer une époque et d’assurer une reconnaissance éternelle de leur interprète auprès du public. Néanmoins, à quoi reconnaît-on ces projets ? À une direction artistique supposée novatrice, un storytelling bien ficelé ou encore au tournant qu’ils représentent dans des carrières. Figurez-vous qu’Astroworld, c’est un petit peu de tout cela.

Au cours de cette série, nous reviendrons sur tous les accomplissements qui ont offert un tel statut à Travis Scott, sans oublier d’évoquer les inquiétudes récentes quant à sa motivation à faire d’Astroworld une œuvre hip-hop majeure de notre époque.

Episode 2 : Et si Travis Scott n’avait pas survécu au Rodéo ?

« Will he make it ? Was it worth it ?

Did he win ? Will he survive the Rodeo ? » T.I. – Apple Pie.

C’est par cette outro signé T.I. que se termine Rodeo, le premier album solo de Travis Scott. Quatre simples questions en apparence, qui nous interrogent sur l’issue du combat mené par Travis face à son quotidien rempli de drogues, de jeunes femmes et d’agitation, auquel il tente de résister comme un rider sur son taureau. Tel est le propos de Rodeo, introduit dès sa sublime cover, où l’on voit une figurine du rappeur dompter un 4×4 avant de regarder l’horizon, surement sa ville de Houston à laquelle il fera référence à plusieurs reprises.

Rodeo est donc un album conceptuel, un effort supplémentaire après deux mixtapes abouties, là où la facilité aurait consister à enchaîner les bangers dont le public était friand depuis « Upper Echelon ». En termes de distribution, deux singles bien différents ont été choisis pour propulser l’opus :

« Antidote » ? POPPIN’ PILLS IS ALL WE KNOW, on a bien compris, merci.

« 3500 » ? Presque huit minutes de chaos sur une prod’ de Metro et Zaytoven, avec des couplets fous de Future et 2 Chainz. Travis annonce la couleur, Touchdown out in H-Town, there it might get ugly.

En bref, si « 3500 » est ancré dans son body of work habituel de par le travail minutieux de production et les transitions habiles entre le refrain surpuissant et les couplets froids de précision, « Antidote » se perd dans une superposition d’ad-libs parfois grotesque dont on peut très vite se lasser.

Certifié platine, crédité de plus de 200 millions de vue sur YouTube, « Antidote » devient en 2015 le morceau de référence de Travis Scott, celui auquel le grand public se fie pour identifier l’univers musical d’un artiste. Un tournant crucial car le projet qu’est « Rodeo » est une œuvre bien plus aboutie que son single majeur.

En effet, de l’électrifiant « Pornography » produit par Mike Dean (l’homme derrière Yeezus) au flamboyant duo « Pray 4 Love » avec The Weeknd, les six premiers titres frôlent la perfection. L’alchimie qu’il établit avec ses invités est parfaite, tant ceux-ci sont soit des précurseurs de ce son (Juicy J), soit d’autres jeunes artistes déterminés à devenir des superstars (Quavo, The Weeknd). Mais plus encore, ce qui émane de morceaux tels que « Oh My Dis Side » ou « Pray 4 Love » est sa capacité à nous transporter dans son univers, son perpétuel rodéo face à ce changement de vie si rapide qu’est le star-business. Alors non, Travis Scott n’est pas et ne sera jamais un lyriciste mais l’émotion dans le hip-hop ne s’est jamais arrêté qu’à de simples paroles, surtout lorsqu’on possède un tel talent. Et puis, comme il l’aime le rappeler lui-même dans Apple Pie :

« I’m everything except a rapper. »

Comment le qualifier alors ?

 Une tâche ardue, qui devient quasiment impossible lorsqu’il donne la pleine mesure de son talent comme sur « 90210 »… Un beat switch fatal de DJ Dahi, un sample de « Family Business » pour le S/O à Kanye et un deuxième couplet intouchable donnent lieu à un pur chef d’œuvre, complété par un clip magnifique et angoissant, à la hauteur des attentes.

Ces moments de grâce, qui sont nombreux dans l’opus, sont nés d’une ambition artistique rare et d’un désir de proposer un projet audacieux et aux sonorités uniques. Pour cela, il n’a reculé devant rien, même pas devant le fait d’appeler un son « Piss On Your Grave », même pas devant le choix de donner un spot royal à Justin Bieber, doté d’un New God Flow sur l’inexplicable « Maria, I’m Drunk ».

 En solo, il parvient également à nous captiver par ses vocales hyper travaillées et son talent de producteur, lui qui est crédité sur 12 des 14 morceaux, Kanye et Pharrell ayant respectivement produit « Piss On Your Grave » et « Flying High ».

Pour réaliser Rodeo, Travis Scott a pris des risques et hommage doit lui être rendu pour ça. Alors oui, ses tests ont parfois été moins concluants, on ne sait par exemple toujours pas où il a voulu aller sur « Flying High » ou « Nightcrawler », où la réunion de Chief Keef et Swae Lee se transforme en sacré incompréhension musicale.

Mais finalement, n’est-ce pas le propre des génies d’être parfois incompris ?

Si l’on ressort d’abord troublé de cet acharné rodéo, plusieurs écoutes permettent de mesurer ses conséquences sur Travis Scott et d’ainsi répondre aux questions annoncées par T.I. dans l’outro du projet :

« Will he make it ? Was it worth it ?

Did he win ? Will he survive the Rodeo ? »

Si la qualité du projet et son caractère unique nous permet de répondre à l’affirmative aux trois premières questions, nul doute que la dernière est bien plus compliquée à statuer.

Avec Rodeo, Travis Scott a brillamment passé le cap du premier album, s’affirmant comme l’un des artistes les plus talentueux de sa génération. Toutefois, l’héritage de son projet est maigre en comparaison au travail effectué, en témoigne l’affection du public pour un titre comme « Antidote » au détriment de brillants morceaux tels « 90210 », « Pray 4 Love » ou « Pornography ».

 Secoué par les soubresauts du rodéo , symbolisés par son passage de l’univers SoundCloud à l’univers Spotify et par la demande astronomique de featurings dont il a fait l’objet, difficile pour Travis Scott de ne pas céder à la tentation d’une identité musicale plus générique.

Qu’importe la suite, ce premier album de Travis Scott restera une véritable pépite hip-hop de notre époque.

La période du rodéo terminée à Houston, Travis Scott s’est immédiatement lancé vers son nouvel objectif, son deuxième opus, tout juste auréolé de son nouveau statut de coqueluche de l’industrie.

Comment et autour de qui s’est articulé le nouveau son de Travis Scott ? A-t-il réussi à continuer de cultiver ce qui faisait sa différence ? 

Les réponses dans l’épisode #3 de DAYS BEFORE ASTROWORLD, intitulé :

« Travis, ce drôle d’oiseau »

 

Épisodes précédents : 

Épisode 1 

 

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