DAYS BEFORE ASTROWORLD #4

Astroworld, le troisième album studio de Travis Scott, est à ranger dans la catégorie des projets susceptibles de marquer une époque et d’assurer une reconnaissance éternelle de leur interprète auprès du public. Néanmoins, à quoi reconnaît-on ces projets ? À une direction artistique supposée novatrice, un storytelling bien ficelé ou encore au tournant qu’ils représentent dans des carrières. Figurez-vous qu’Astroworld, c’est un petit peu de tout cela.

Au cours de cette série, nous reviendrons sur les accomplissements qui ont offert un tel statut à Travis Scott, sans oublier d’évoquer les inquiétudes récentes quant à sa motivation à faire d’Astroworld une œuvre hip-hop majeure de notre époque.

Episode 4 : Huncho Jack/Astroworld : malheur à l’effet papillon !

Pas mécontent d’avoir accru sa notoriété par dix-huit featurings en 2016, Travis Scott reprend le fil de sa carrière solo en mai 2017 avec la sortie de trois singles : « Green & Purple », « A Man » et « Butterfly Effect ». Si les deux premiers passent relativement inaperçus, le dernier est un hit instantané. Un Murda Beatz toujours méchant à la prod’ lui compose un environnement idéal, où le rythme imposé par l’instrumentale convient parfaitement à l’alternance entre refrain mélancolique et second couplet fulgurant.

Un classique de plus, qui, lorsqu’on l’ajoute aux featurings récents de l’artiste interroge toutefois sur la direction artistique que va prendre Astroworld. En effet, si ces morceaux au BPM élevé où Scott enchaîne des couplets avec un flow rapide en discutant de ses chaînes et ses drogues sont souvent agréables à la première écoute, ils finissent par devenir très vite lassants. On n’imagine donc pas Astroworld n’être qu’un simple enchaînement de ce genre de sons mais le travail réalisé en amont n’est alors pas vraiment rassurant.

Néanmoins, ce constat trouve son explication en décembre 2017 grâce à la sortie de l’album collaboratif Huncho Jack, Jack Huncho avec son ami de longue date Quavo. Dans l’épisode 2 de cette série, j’avais évoqué la qualité de leur association sur « Oh My Dis Side », l’une des principales raisons à la réalisation de ce nouveau projet, devenu parfois un véritable fantasme chez de nombreux fans des deux artistes. Une attente également motivée par l’excellent « Kelly Price » sur Culture mais aussi par les bonnes relations entretenues par le duo avec des producteurs tels que Murda, SouthisdeCardo, Buddah Bless ou encore Frank Dukes.

hjjh.jpg

  Une production qui est d’ailleurs le point fort d’un projet qui n’en contient finalement que peu. Une excellente introduction puis ensuite, la magie n’opère pas, fait rare avec Travis Scott. Les principales raisons : une créativité restée à la porte du studio, un Quavo pas assez mature pour diriger un projet digne de ce nom et surtout une relation entre les deux artistes quasiment inexistante. On aurait aimé voir plus de passe-passe entre eux et surtout éviter de retrouver systématiquement le même schéma au point de confondre certains morceaux entre eux… Heureusement, les bonnes apparitions de Takeoff et Offset sur « Eye 2 Eye » et « Dubai Shit » masquent parfois ce manque de cohérence et on en vient à regretter que l’album collaboratif n’ait pas intégré totalement les deux autres membres de Migos.

Quand à la performance individuelle de Travis Scott sur le disque, il prend globalement peu de risques, restant sur des couplets dans la lignée de ses featurings, malgré quelques coups d’éclats sur « Eye 2 Eye », « Go », « Motorcycle Patches », « Huncho Jack » voire « Best Man ». Si ses vocales restent très agréables et qu’il est largement le maillon fort de ce duo, on regrette son immobilisme face à la direction du projet, un comble pour un artiste jadis si créatif.

Histoire d’entériner encore un peu plus cet échec, les deux hommes ne capitaliseront absolument pas sur ce projet en ne sortant qu’un clip, « Black Chinese », qui aujourd’hui bataille toujours pour atteindre les deux millions de vues.

Le revers de la hype a frappé Travis Scott pour la première fois, il s’agira de ne pas répéter cette erreur pour Astroworld.

Astroworld

Astroworld est un parc d’attractions situé à Houston, d’où Travis Scott est originaire. Ce lieu d’amusement est fermé en 2005 pour des raisons financières, autrement dit la construction de nouveaux logements. Un drame pour tous les jeunes de la ville dont Jacques Webster a.k.a. Travis, alors âgé de treize ans. 

C’est donc cette histoire qui va inspirer la création de ce nouveau projet, un retour vers un album conceptuel à l’image de Rodéo, son plus grand succès critique. Les thèmes à explorer sont nombreux, entre sa tristesse de l’époque, sa volonté actuelle de faire ré-ouvrir ce parc ou encore l’impact que cela à pu avoir sur son parcours, lui qui est avec James Harden le plus bel exemple de réussite pour les jeunes texans.

Musicalement parlant, il parle d’Astroworld comme « la meilleure musique qu’il ait jamais créée ». Pour que cela se vérifie, il devra nous surprendre et surtout ne pas hésiter à reculer pour mieux sauter, en reprenant certains ingrédients qui ont pu faire son succès auparavant. Certains échos vont dans ce sens, comme la confirmation par FK1st d’un « Drugs You Should Try It 2 », suite d’une de ses plus belles œuvres.

Plus officiellement, ce qui semble être le premier extrait d’Astroworld, « Watch » avec Kanye West et Lil Uzi Vert, n’a pas totalement répondu aux attentes malgré une prod’ de Pi’erre Bourne plutôt en accord avec l’univers attendu.

Un morceau entraînant où chacun des acteurs expose son style caractéristique, avec un refrain plutôt réussi. Toutefois, cela reste surprenant de ne pas voir Travis Scott effectuer le premier couplet d’une chanson si attendue, ce qui le condamne à rester dans l’ombre de Lil Uzi Vert, toujours si à l’aise avec Pi’erre Bourne, son producteur de prédilection. Difficile également de ne pas mentionner l’outro de sa compagne, Kylie Jenner, dont l’intérêt dépasse les limites du néant.

Histoire d’être plus optimiste, voici un extrait de ce qui semble être l’un des morceaux phares de l’opus, « Stargazing » :

Une ambiance psychédélique associée à des notes aiguës venues d’ailleurs, le potentiel de ce titre est tel que Travis Scott ne cesse de l’interpréter à chacune de ses apparitions en festival.

À l’heure où j’écris cet épisode, le légendaire Mike Dean est en train de réaliser le mastering de l’album. Un an et demi après l’avoir annoncé, Travis Scott est donc sur le point de terminer Astroworld et d’enfin offrir au monde de la musique ce qui est supposé être l’aboutissement de sa carrière.

Un chef d’oeuvre le placerait aux côtés des artistes les plus créatifs de ces deux dernières décennies et confirmerait le destin d’un prodige qui faisait déjà l’unanimité il y a sept ans de cela.

Une nouvelle déception? S’il n’a que 26 ans, il sait très bien qu’il ne réunira plus jamais un environnement aussi propice à la réussite.

Le concept est attrayant, l’attente interminable, la pression de l’échec forte, Travis Scott possède donc toutes les cartes en mains pour faire de ce dernier tour à Astroworld un aller simple pour l’éternité.

Épisodes précédents : 

Épisode 1

Épisode 2

Épisode 3

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :