La Dose mensuelle de sale (Octobre et Novembre 2018)

Un peu débordés en ce mois de novembre. On revient pour vous récapituler les meilleurs projets du rap international à l’ère d’internet. Dans cet article, on vous présente donc la crème des sorties du mois d’octobre et de novembre.

Sheck Wes – MUDBOY

Album cover of Sheck Wes' "Mudboy"

Vous avez tous plus ou moins entendu une fois le hit Mo Bamba de Sheck Wes. Et le plus marrant dans cet histoire, c’est que le morceau a mis une année pour exploser au niveau international. Fan de basketball et ancien bon joueur à la fac, l’artiste d’origine sénégalaise avait uploadé ce morceau sur SoundCloud, qui portait donc le nom de Mo Bamba, un de ses potes devenu rookie NBA cette saison. Une année après, la belle histoire continue car il est signé sur Cactus Jack Records (le label de Travis) ainsi que G.O.O.D Music (Kanye West/Pusha T). Il se sert avec merveille de ce buzz intersidéral créé par son seul et unique morceau jusque-là, pour réaliser son premier projet solo : MUDBOY. Dans ces conditions, il est difficile d’être vraiment optimiste pour la qualité du projet venant d’un artiste qui profite de surfer sur l’unique vague qu’il a créée.

Cependant, MUDBOY est une belle surprise et nous enferme dans le monde complètement crasseux et oppressif du personnage de Harlem. Comme l’illustre la longue et sombre introduction de Mindfucker, Sheck se fait un plaisir de débuter par des marmonnements incompréhensibles avant de faire débouler sa hargne et son énergie pour détruire tout ce qui l’entoure. Le projet est complet et très homogène, il se déguste d’une traite sans sauter un seul morceau. Entre flows désarticulés mais énervés, chants improvisés et gimmicks addictifs, l’artiste se permet de construire son propre personnage tout au long des 49 minutes d’écoute. A la fois hypnotisant (Chippi Chippi), aérien (WESPN et Jiggy On The Shits) mais aussi devenu un projet défouloir (Fuck Everybody), Sheck nous démontre diverses aptitudes. MUDBOY est un début convaincant pour un artiste qui avait tout à prouver. Un opus aux ambiances sordides et bouillantes qui nous rappelle un certain DMX à l’époque de It’s Dark And Hell It’s Hot…

Infinit’ – Ma Version des faits

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Difficile de prévoir ce qu’un projet d’Infinit’ peut être. Il nous avait donné une vraie claque avec l’incroyable et sans concession NSMLM l’année passée où il laissait sortir sa rage dans les meilleures punchlines du game. Néanmoins, l’originaire du 06 avait soin de ne pas trop dévoiler sa personnalité derrière sa détermination tellement bien mis en mot par sa devise « tout le faire ». Alors, on se pose des questions quand son nouveau projet sorti sans presque de promo commence par « à ton avis… parle sérieux maintenant !… que vaut un esprit libre dans un corps d’esclave ? » Infinit’ a en effet décidé de mettre en avant l’aspect sérieux derrière les punchlines. Ainsi, on est toujours servi à merveille de jeux de mots comme « ils nous aiment, on les aime pas, laissez-nous faire la guerre en paix », mais on se prend aussi à réfléchir sur la mentalité du Zin’ de manière plus sérieuse. En effet, sa devise Tout le faire reflète aussi un monde où si tu ne te bouges pas, rien n’arrive à toi et où la détermination surclasse toutes les autres vertus de trois têtes. Ce projet est encore l’occasion de faire parler le flow et la plume d’Infinit’, notamment sur ce feat immanquable avec Veust, où les deux niçois se font dédicacer par Max B. Et même si Tout le faire Gang reste le meilleur morceau et que le feat avec Caballero et JeanJass est un peu manqué, il reste un vrai bonheur à écouter, intelligent et motivant à souhait. Infinit’ a assuré que ce projet est la fin d’un cycle, on espère que la suite nous donnera le plaisir d’écouter un vrai album d’un des meilleurs punchlineurs de sa génération !

Apollo Brown & Joell Ortiz – Mona Lisa

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Le travail collaboratif du producteur Apollo Brown devient toujours plus impressionnant au fil du temps : Gas Mask (avec The Left), Trophies (avec O.C.), Dice Game (avec Guilty Simpson), Blasphemy (avec Ras Kass) ou encore Anchovies (avec Planet Asia). Parmi ces projets on retient tout particulièrement l’iconique Gas Mask et l’excellent Trophies. Depuis, le producteur de Detroit a réalisé de bons albums collaboratifs, mais qui n’ont pas autant marqué que ses précédents. Cette année, sa collaboration s’est tournée vers Joell Ortiz, rappeur de Brooklyn aux aptitudes indéniables à la plume et qui rumine encore la dissolution de Slaughterhouse.

Adepte des mélodies boom-bap remises à la sauce du jour tout en conservant ce petit grain de poussière nostalgique, Apollo nous a délivré ici un de ses meilleurs travaux en terme de production. Toujours accompagné par cette ambiance soulful, Joell n’a jamais été autant à l’aise pour poser sa prose. Agrémenté de ses rimes multi-syllabiques et de ses wordplays, le rappeur latino-américain nous immerge dans ses pensées dans l’introspectif Reflections. Sur le mélancolique That Place, l’artiste nous dévoile sa palette de storytelling en illustrant son écœurement pour les hôpitaux par trois couplets magistralement enrichis. Mona Lisa est la version alternative de Apollo & Ortiz qui pourrait devenir également une œuvre au fil du temps. L’alchimie entre les deux artistes est remarquable, tout comme les refrains parfaitement bien exécutés. Et pour les amateurs qui recherchent du boom-bap énergique, Cocaine Fingertips ou Timberlan’d Up sont des morceaux amplement satisfaisants.

SCH – JVLIVS

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L’album JVLIUS devait à la fois être celui du renouveau et celui du retour aux sources pour SCH puisque c’est le premier sorti dans sa nouvelle maison de disque, mais c’est aussi le retour de l’association avec Katrina Squad qui avait fait son succès dans ses premiers hits. Comment donc compenser cet album qui se devait plus proche de la personnalité de l’artiste et peut-être moins commercial ? SCH a fait le choix fort de ponctuer ce nouveau projet d’interlude scandé par un vieil homme racontant la montée au pouvoir d’un assoiffé de victoire et de sang. Il construit ainsi un vrai storytelling et insiste sur la cohérence de ce projet, ce qui lui donne une vraie force. Néanmoins, si on pouvait reprocher à Anarchie ce manque de personnalité pour un concentré de hits pas vraiment cohérent, on peut affirmer l’inverse de JVLIVS. En effet, le projet manque de vrais hits par son caractère sombre trop affirmé. Bien sûr, Otto, et Prêt à partir sont des morceaux incroyables mais leur thème principal : la mort, empêche d’en faire quelque chose de vraiment dansant. Cela va aussi avec le fait que le scélérat parle moins de femmes dans ce projet, et ce thème rend son écriture moins complète.

Ne vous méprenez pas, JVLIVS est un incroyable album, très personnel ambitieux dans les productions comme dans les flows. La plume et la voix du S font encore une fois des merveilles, et il fera évidemment plaisir à ses amateurs. Néanmoins, sa noirceur enferme un peu Julien Schwartzer dans un univers trop fermé. On se met à espérer un peu plus de simplicité de moins de compétition dans sa vie. Mais c’est peut-être faire la fine bouche que de chercher des problèmes à cet album.

Mick Jenkins – Pieces Of A Man

Cover art for "Pieces of A Man"

Avec Pieces Of A Man, Mick Jenkins s’affirme comme le meilleur artiste Jazz Rap. Il prouve également que sa jeune discographie, riche en qualité, ne connaît pour le moment aucun faux pas. Succédant au très bon The Healing Component (2016), Pieces Of A Man reprend le même intitulé que l’album du mythique artiste de jazz Gil-Scott Heron, sorti en 1971. Mick s’oppose ici à deux obstacles, faire aussi bien que le projet antérieur, et ne pas déshonorer l’opus de Gil-Scott. Résultat: l’artiste originaire de Chicago confirme et met la barre encore plus haute que ce qu’elle était.

Entre rythmes fragmentés et ambiances groovy, le flow de Mick se métamorphose au fil de chaque morceau. Son flow reste incroyablement bien calibré sur des productions, il faut le dire, pas commodes (comme l’atteste l’entraînant Reginald). Au fil de l’écoute introspective, on se plaît à hocher notre tête sur les Gwendolynn’s Apprehension, Barcelona ou encore Plain Clothes. Les invités sont aussi de qualité car il collabore avec le légendaire Ghostface Killah sur le mémorable Padded Locks et fait appel au talentueux Black Milk pour la production de Stress Fracture entre autres. Et quand il s’agit de poser sur une mélodie plus trap, Jenkins s’amuse plus que prévu sur le religieux Grace & Mercy. Parmi toutes ces ogives, nos morceaux préférés : l’intriguant Pull Up, le relaxant Smoking Song et bien sûr le planant Understood.

Smino – NØIR

Cover of Noir by Smino

Bien qu’étant originaire de St. Louis, comme le célèbre producteur trap Metro Boomin, Smino ne nage pas dans la même vague musicale. Plongé dans un hip-hop plus underground, l’artiste puise dans une grande variété de mélodies. Comme le prouve son premier projet dithyrambique blkswn, Smino est un rappeur à part. Ou plutôt un rappeur/chanteur/crooner à part. L’artiste aux multi facettes nous revient avec NØIR, son projet sophomore bien plus joyeux et lumineux que son précédent. L’âme de ses morceaux est particulièrement infusée de mélodies néo soul (FENTY SEX), électrofunk (Z4L et BAM 2x), blues (SPINZ et l’incroyable LOW DOWN DERRTY BLUES) ou encore par des rythmiques caribéennes (TEQUILA MOCKINGBIRD) et c’est ce qui fait la réussite de ce projet ambitieux.

Mais ce n’est pas tout, dans un opus qui peut paraître à la fois hétérogène par l’influence de plusieurs genres musicaux, l’homogénéité n’est pas en reste grâce aux prestations originales et uniques du rappeur. Avec une facilité déconcertante, Smino nous emporte dans son univers bizarroïde où il s’amuse à étaler son spleen mélodieux tout en réalisant des refrains dignes des meilleurs crooners historiques. Comme l’atteste l’intriguant MERLOT, l’artiste nous fredonne avec quelques sanglotements la marque du cépage français tout en nous immergeant dans le rouge troublant de l’une de ces cuvées . Complètement polyvalent, il effectue sur VERIZON un blues captivant tout en nous dévoilant ses déboires artistiques. NØIR est un album riche en mélodies qui se démarque, bien entendu, par la richesse des instrumentales, mais aussi par la fougue et la capacité de Smino à imprégner son flow/chant atypique sur n’importe quelle mélodie.

JID – DiCaprio 2

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Difficile de cacher notre amour pour ce projet sorti tout récemment. D’une part, la véhémence de JID tout au long de ces 14 titres est remarquable tout comme sa technique et son agilité au micro. D’autre part, il est difficile de ne pas constater quelques similarités avec un certain Kendrick Lamar lorsqu’il sortait Section.80. Que cela soit la fougue, la vitesse du flow, les lyrics ou encore quelques timbres de voix réalisés, JID pourrait être l’héritier de K.Dot pour cette nouvelle génération. Bien que la gueule d’ange de Leonardo figure sur la pochette, l’ambiance de la mixtape est toute autre avec son lot de productions brutes et dépouillées. Principalement produites par Christo, les mélodies sont angoissantes, voire suffocantes et on finit presque asphyxiés sur Off Deez lorsque J.Cole et son poulain nous délivrent des flows instantanés rivalisant avec la vitesse de la lumière. Du côté technique, le récent nommé dans la liste XXL 2018, est en pleine démonstration : Rimes incisives, multi-syllabiques, assonances, flows variés, wordplays… tout y passe sur des morceaux comme 151 Rum ou Despacito Too.

Les thèmes de la mixtape sont variés et s’attaquent principalement à ses contradicteurs (Slick Talk). De plus, il aborde plusieurs sujet de la société comme la loyauté (Westbrook), l’addiction aux drogues (Off Da Zoinkys) ou fait de l’introspection sur le mélancolique Workin Out. En résumé, le protégé de J.Cole dévoile ses meilleures aptitudes sur cet essai et nous fait déjà saliver quant à la suite de sa carrière musicale.

Meek Mill – Championships

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Il est presque dérisoire de placer le nouvel album de Meek Mill dans une liste récapitulative mensuelle, alors qu’il mériterait d’avoir un article consacré à lui tout seul. Sorti fraîchement de prison après avoir essuyé une violation de liberté conditionnelle totalement injuste, l’emcee de Philadelphia est revenu plus fort et tranchant que jamais.  Autant vous le dire tout de suite, Championships figurera incontestablement dans les meilleurs projets de l’année, et sur ce quatrième album officiel, Meek a beaucoup de choses à raconter… et à confesser.

Exploitant sa voix stridente tout au long d’un album émotif, il traite des problèmes socio-politiques, d’un système judiciaire inefficace, de l’amour pour le rap tout en n’oubliant pas ses relations amoureuses. Tout au long des 19 titres, l’ancien compagnon de Nicki Minaj est au four et au moulin, et n’hésite pas non plus à inviter la pire ennemie de son ex sur le surprenant Uptown Vibes, ambiance latine mais totalement réussie. Les amateurs de Jay Z seront aussi rassasiés avec What’s Free qui sample l’iconique Biggie et où on retrouve l’un des meilleurs couplets de l’année de la part de Hova. S’ensuit Respect The Game qui sample à son tour Dead Presidents (issu du premier album de Jay), enchaînement légendaire. Pour finir, il est difficile de trouver meilleur que les introductions de Meek. En effet, le rappeur retourne avec une intro puissante en crachant toutes ses trippes sur une reprise de Phil Collins (In The Air). Bref, vous l’aurez compris, on pourrait étaler plusieurs paragraphes pour développer l’album entier. Nous vous conseillons fortement d’y jeter donc une oreille si ce n’est pas déjà fait, car Championships est sans aucun doute le meilleur projet solo du natif de Philadelphia.

Freddie Gibbs, Curren$y & Alchemist – Fetti

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Fetti est le fruit du travail entre Freddie Gibbs, Curren$y et The Alchemist. Un casting de marque pour des rappeurs trop souvent sous-estimés qui ont réalisé donc un EP à neuf titres sans aucune grande prétention. Néanmoins, lorsque l’agressivité de Gibbs, se mêle au flow flegmatique de Curren$y, le tout accompagné par les productions glacées de The Alchemist, une atmosphère spéciale se crée.

Avec une touche soul pour apporter un peu de chaleur dans chacune de ses productions, le producteur légendaire sert ici neuf plats gastronomiques à ses deux compères. Les prestations au micro sont remarquables et l’alchimie des deux rappeurs fonctionne à merveille. Au fil du projet, une sorte de complémentarité entre les deux artistes se crée automatiquement comme l’illustre parfaitement Tapatio, le meilleur titre du mini projet. Sur l’intro iconique de Location Remote où l’on est accompagné par des échos de voix tout au long du morceau, on est directement conquis par cette symbiose. 23 minutes plus tard, le repas gastro s’achève et on en redemande !  Un projet sans aucune revendication donc, mais qui nous laisse presque sur notre faim. A quand un album complet entre les trois ?

Lil Baby & Gunna – Drip Harder

On avait fait les louanges au duo Lil Baby/Gunna dans cet article. Sorti début octobre, il figure aussi dans nos projets préférés et on vous recommande chaudement d’aller écouter la relève d’Atlanta. Une trap baroque qui scintille et fait vibrer chaque ornements et cadres de votre appart’ lorsque les basses apparaissent. Ces jeunes rappeurs vous accueillent dans l’Atlanta italien, là où la trap se confond avec le baroque. La période contemporaine s’arrête au moment où Gunna et Lil Baby se sont mués en Bernini pour un laps de temps.

 

 

 

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