La Dose mensuelle de sale (Janvier 2019)

Le premier mois de cette année 2019 nous a déjà réservé de belles sorties et surprises. Des artistes farfelus, d’autres plus extraterrestres ou des sorciers… Dans cet article, on vous présente donc la crème des sorties du mois de janvier, et ça a démarré sur les chapeaux de roue !

Sada Baby – BARTIER BOUNTY

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Sada Baby est un produit à part. Originaire de Detroit, l’artiste peut paraître sérieux sur la pochette de l’album, mais il perd tout son air de gravité dès qu’on le découvre dans un de ses clips vidéos. Machine ambulante sortant son répertoire infini de danses atypiques, Sada pourrait se confondre avec une structure gonflable qu’on trouve dans les stations essence. D’ailleurs, c’est sa « danse de l’épaule » qui a propulsé Bloxk Party aux millions de vues. Mais le talent du rappeur de Detroit ne se limite pas à ses mascarades. Entre flows complètement désarticulés et timbre de voix variés, il est difficile de s’ennuyer lors des prestations musicales du bonhomme. Son inventaire de performances est illimité: on peut facilement retrouver des couplets énervés où le rappeur beugle à foison (Skuba Baby) et des refrains enivrés d’intimité et d’émotion comme sur l’incroyable Aunty Melody.

L’artiste signé sur Asylum Records nous emporte dans son univers à la fois cocasse, mais surtout envahissant qui, d’un angle de vue complètement différent, aborde des sujets familiers. Son dernier projet Bartier Bounty (ici, le C devient B), est composé de vingt titres qui démontrent au fil des minutes le charisme affolant que Sada Baby arbore derrière le micro. Influencé depuis tout petit par l’univers de Cash Money et de Blade Icewood, on ressent ces inspirations à travers les mots tranchants de l’emcee qui débite précipitamment ses mesures. Virevoltant autour d’instrumentales produites par une majorité de spécialistes de Motown (Helluva Beats, RJ Lamont), Sada s’amuse également à énumérer les athlètes les plus ignorés par le rap game. Si vous adhérez à l’univers de Payroll Giovanni, des Doughboyz Cashout ou encore de Tee Grizzley, faites-nous confiance et écoutez Bartier Bounty

Zinz – Alterf

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Pas besoin de traverser l’atlantique pour pêcher du rap de caviar. En ce mois de janvier, le Lac Léman contenait le meilleur cru de fruits de mer grâce aux beats et punchlines que l’on retrouve sur le très bon projet de Zinz. Son univers intergalactique planant au-dessus de la ville de Genève depuis une flopée d’années a laissé une si belle empreinte qu’au moment du crépuscule, on va jusqu’à dire que l’on peut apercevoir l’étoile Lambda Leonis scotchée sur ce vieux fond sombre. Vous l’avez compris, cette étoile aussi appelée Alterf est l’intitulé et le point de gravitation du dernier projet de Zinz. Une constellation de dix titres où le vrai alien nous enseigne l’art de la prose et des rimes multi syllabiques tout en étant secondé par les ingénieuses productions de Sauce Jacqson. A la fois imbibées d’une touche soul et jazz (J’survole, Constellation), les instrus peuvent aussi vite prendre un rythme effréné et se trouver agrémentées par des 808’s (Désobéissons, Souterrain).

On est aussi tombés amoureux de la Chorale où les airs de trompette de Shems Bendali nous ont mis en apesanteur. Bien entendu, la rétrospective sur L’année dernière figure parmi nos morceaux préférés d’Alterf tant par les doublures de voix et les chantonnements de Zinz, que par le changement de beat réalisé par Cxdy et Lytton Scott. On finit par Saigne qui est notre morceau coup de cœur. Un titre témoignant les épreuves dépressives, de solitude et d’addiction que chaque individu pourrait traverser lors d’une sale période. Introspectif et rempli d’amertume, Zinz nous balance son meilleur lexique qui prend de plus en plus d’ampleur et de remords au fil du morceau. En pleine bourre et en avance sur son temps avec ses quatre projets sortis en moins d’un an, l’alien nous déballe toute son artillerie cosmique sur Alterf. Désolés de ne pas pouvoir suivre son rythme endiablé, on est tout de même pardonnés. En effet, Zinz se trouverait actuellement à 330 millions d’années-lumière de la Suisse. La même distance qui relie la Terre à l’étoile Alterf.

XXXTENTACION Presents – Members Only : Vol. 4

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Énième projet impliquant le regretté XXXTentacionMembers Only Vol. 4 semble s’inscrire dans cette tendance malsaine consistant à apposer, dans une optique mercantile, le nom du rappeur défunt sur un album et à s’attirer ainsi une foule de fans trop heureux de pouvoir à nouveau pleurer leur idole. Successeur de l’inqualifiable Skins, nous étions en droit de nous attendre à un projet dénué d’audace et de saveur, conçu dans l’urgence de peur de voir le phénomène s’essouffler. Cet opus vient pourtant nous démontrer que malgré le contexte l’entourant, il est habité d’une âme réelle et authentique; chaque intervenant est intrinsèquement utile à l’échafaudage de l’album que ce soit au travers de sons solos ou de featurings.

Si son style ne se distingue que dans une moindre mesure des opus précédents de Members Only ou de XXXTentacion, force est toutefois de constater la cohérence avec laquelle le projet se tisse. Succédant à une introduction entièrement marmonnée par Corey – marque de fabrique du groupe -, le très doux Nothing ouvre le bal tout en mélodie et en dépression. L’album évolue ensuite, tendant vers le banger ultime. Cette croissance se voit brisée nette par Now or Never, un titre en forme de ritournelle à la guitare et au chant. Il est poursuivi ensuite de Cold Weather, un son calme permettant à l’auditeur, noyé sous une mer de 808, d’enfin reprendre une bouffée d’oxygène. Mais les déferlantes reprennent en une succession de bangers ; Touch Eem Body, Jahseh on my Wrist ou encore le freestyle Woah pour ne citer qu’eux, achèveront ainsi de ruiner vos plombages.

Ainsi, même s’il demeure dans sa zone de confort, cet album n’en est pas moins d’une excellence et d’une audace fort appréciables.

Jay Prince – WONDER

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Une nouvelle pépite sortant tout droit du Royaume-Uni. Et cette fois-ci c’est Jay Prince qui vient embellir le rap british pour le plaisir de nos oreilles. Influencé par Isaiah Rashad et Kendrick, l’artiste originaire d’East London a pour habitude de délivrer un EP annuel depuis 2015. Avec WONDER, il confirme une nouvelle fois tout le bien qu’on pensait de lui. Complètement décalé de la Drill UK, Jay adopte, avec ce projet, un style musical obscur et paisible. Le genre de titres à déguster lors d’un soir pluvieux tout en admirant la vue sur Londres. Véritable artiste polyvalent, le Prince d’East London produit également la majorité des titres de l’EP, ce qui permet à la galette d’être plus cohérente et homogène. On se prend à hocher notre tête sur les caisses claires qui accompagnent des balades nocturnes (BEAMLIGHT), à apprécier ses refrains chantés découlant d’un riff de guitare funky (LUV ME) tout en dégustant son flow résonant avec les échos des productions métalliques (FLOW, CLOSER).

WONDER est un projet court mais délicieux. Dégoulinant d’un mix R’n’B/Dance, les instrumentales sont réussies et se marient parfaitement avec l’habilité à Jay Prince de poser sur chaque morceau. Un projet qui correspond parfaitement à cette saison d’hiver en créant une atmosphère nocturne qui respire l’air humide des ruelles londoniennes.

Seth Gueko – Destroy

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Voilà maintenant plusieurs années que Seth Gueko tente une reconversion professionnelle, tant bien que mal. Il faut dire que le passage du rappeur-humoriste gitan au loubard adepte de littérature et de grand banditisme, n’est probablement pas la plus aisée. Cela a conduit à deux albums, Professeur Punchline et Barlou, qui par bien des aspects ont su nous surprendre et nous donner un espoir succinct, vite déçu par un son bidon comme seul Seth Guek’ sait les faire.

C’est donc l’esprit plein d’un espoir naïf mais également d’une crainte de le voir à nouveau désenchanté que nous avons approché ce skeud. La première piste ne nous convainc pas, la seconde non plus, la troisième, la quatrième encore moins. Pire encore: l’on semble sentir l’effritement du personnage que le rappeur s’emploie à bâtir depuis quelques années, finalement plus balourd que barlou.

Le doigt sur la détente, le canon enfoncé dans la bouche de cet espoir que nous nourrissions, nous nous apprêtions à l’achever froidement mais hésitons. C’est dans ce moment de doute, suspendu, que vient la révélation: Sur le coeur, un titre aux rythmiques définitivement old school, mais à la mélodie tellement originale, sur lequel Seth œuvre dans son domaine de prédilection, déballant vérités sur vérités, sur lui et sur les autres. A ce moment là, on sent que Destroy ne saurait être réduit à ses premiers sons.

Nos espoirs nourris puis menacés se retrouvent ensuite comblés par Paris Street, son regroupant Seth, Flynt, Jazzybazz et Sinik, sur un beat boom-bap. Chaque rappeur se donne au max, s’emploie non seulement à briller mais aussi à illuminer ses comparses. Puis finalement, on se rend compte que Seth Gueko l’a enfin trouvé, son personnage, son barlou. On se rend compte qu’il n’est jamais aussi bon que sur des instrus old school, que ses phases les plus intelligentes sont le plus souvent dénuées de tentative de punchlines et que par dessus tout, chez Seth l’union fait la force.

Comme si Seth Guek’ avait brusquement repris ses esprits, l’album enchaîne ensuite pépites sur pépites. Tous les sons, tous les featurings sont complètement maîtrisés et l’on en vient à oublier ce début d’album pour simplement apprécier l’osmose des rappeurs entre eux et la facilité de Seth à nous toucher.

Boogie – Everything’s For Sale

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Profitant d’une plus grande exposition grâce à son contrat auprès de Slim Shady, Boogie nous livre un premier album officiel convaincant et maîtrisé. Originaire de Compton, la voix rocailleuse du rappeur se plaît à se lamenter d’une tristesse et mélancolie infinie tout au long du projet. Même si l’opus pourrait exhaler la chaleur et gaieté de la côte californienne, le rap maussade reprend toujours le dessus en guise de rabat-joie. Son malaise dans les relations amoureuses a le don de produire d’excellentes balades acoustiques dépressives comme l’attestent Skydive et Skydive II. En fait, un blues récurrent plane sur toute l’écoute du projet et c’est ce qui fait l’âme de Everything’s For Sale.

Whose Fault traite de séparations de couples sous un air triste de saxophone et de l’autre côté, No Warning révèle l’avis du rappeur sur la toxicité de certaines relations. En-dehors de ces thérapies de couple, le refrain de Self Destruction a été enregistré lorsque Boogie rentrait ivre d’une soirée. On le constate aisément par son grain de voix complètement arraché et par l’odeur du Whisky que pourrait laisser présager l’ambiance du morceau. En soit, la majorité des titres sont plaisants à écouter, dont le hit Silent Ride. Nous restons par contre amers quant à la prestation d’Eminem sur Rainy Days. Obligé de modifier le tempo et la mélodie du morceau pour adapter son flow frénétique qui sonne de plus en plus forcé, ça vient tout simplement pourrir le tout. Mais bon, on se contente amplement des 12 autres morceaux séduisants.

Chris des Ténèbres – KESKIDI CDT

Genève se remettant à peine de la sortie du nouveau Zinz, ce fut au tour d’un second personnage, bien particulier, d’accoucher de son nouveau projet. Nous vous parlons bien évidemment du dernier-né de Chris Des Tenebres, dandy notoire de sa ville.

Dans Keskidi, projet court de 6 titres, CDT, la démarche nonchalante, presque titubante emmène son auditeur dans un univers sombre, un maelström de basses, de name dropping et de flegme. La longue-vue braquée sur les US, Chris Des Tenebres pose avec sang-froid, sur des instrus profondes et vibrantes, un flow calme magnifiant ses punchs et autres traits d’esprit. En 18 minutes, Chris nous expose son désintérêt total des haters comme des followers; pour lui, le seul succès est matériel, il se compte en zéro ou en paires Balenciaga. Le rappeur genevois a la chance, contrairement a bien d’autres œuvrant dans le même registre que le sien, de bénéficier d’une plume intelligente, vous faisant tantôt rire, tantôt réfléchir sur le réel sens à l’objectif de l’enrichissement perpétuel.

Future Hndrxx Presents – The WIZRD

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Avec ce septième projet à son actif, Future réussit de nouveau à surmonter un énième défi avec un album de qualité, décrochant la place de numéro 1 au classement Billboard. Il s’agit désormais du sixième opus de l’artiste à figurer au top des charts sur une brève période de quatre ans. Avec The WIZRD, Hendrixx reste à moitié dans sa zone de confort tout en nous proposant de belles prises de risques avec des productions authentiques. On admire le « switch-beat » effréné de F&N et Baptiize qui permettent à chaque auditeur de devenir hystérique. On a adoré Krazy But True, un titre confidentiel où Future tape du poing sur la table pour divulguer son influence proéminente qui a inspiré cette nouvelle génération de rappeurs. Ensuite, l’électrifiant Goin Dummi est vite addictif et nous transporte facilement dans une nouvelle dimension.

Pour finir, on a été subjugués par Never Stop, meilleur morceau du projet qui brille par sa narration et les prouesses lyriques de l’artiste. D’ailleurs, un article décryptant la magie noire, l’environnement obscur et les pensées torturées du rappeur a été réalisé il y a quelques jours, et on vous le recommande chaudement!

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